La bataille autour de l’aéroport Billy Bishop vient de monter d’un cran. Le conseil municipal se prépare à riposter contre la manœuvre du premier ministre Doug Ford visant à prendre le contrôle de l’aéroport des îles, ce point de repère du front de mer qui fait partie du paysage torontois depuis des décennies. L’affrontement oppose l’ambition provinciale à l’autorité municipale, pis ça se passe en direct.
Une motion qui sera présentée au conseil cette semaine demande aux membres de s’opposer à toute tentative des paliers supérieurs de gouvernement d’exproprier des terrains appartenant à la ville sans consultation. La conseillère Ausma Malik, dont le quartier comprend l’aéroport, a déposé la motion. La mairesse Olivia Chow l’a appuyée. Le message est clair : Toronto veut avoir son mot à dire quand des décisions concernant son front de mer sont prises.
Ford a lancé l’idée de la prise de contrôle au début mars. Selon lui, la province doit gérer l’aéroport pour qu’il puisse accueillir des jets. Actuellement, Billy Bishop n’accueille que des turbopropulseurs plus petits. Le premier ministre soutient qu’élargir la capacité réduira la pression sur l’aéroport international Pearson et créera des emplois. Lundi, il a officialisé le tout en annonçant un projet de loi pour reprendre la participation de la ville dans l’aéroport et le désigner zone économique spéciale.
Cette désignation compte pour beaucoup. Elle permet aux projets de contourner les processus d’approbation habituels en vertu d’une législation provinciale conçue pour accélérer le développement. Les critiques disent que ça met de côté la consultation publique. Ford dit que c’est nécessaire pour stimuler l’économie, surtout avec les tarifs américains qui menacent.
La motion de la ville note que bien que d’autres paliers de gouvernement aient fait des commentaires sur le front de mer, Toronto n’a reçu aucune proposition formelle. « Le plan, s’il y en a un, demeure un mystère », peut-on lire dans le document. Il s’intitule « Toronto doit avoir son mot à dire dans les décisions concernant le front de mer », pis la frustration est évidente.
Mais le plan de Ford est maintenant public. Un communiqué de presse lundi a exposé l’intention de la province de remplacer Toronto dans une entente tripartite régissant l’aéroport. Actuellement, l’Administration portuaire de Toronto l’exploite. La ville possède 20 pour cent du terrain. PortsToronto et Transports Canada contrôlent le reste. L’arrangement remonte aux années 1980 et a été modifié plusieurs fois depuis.
L’an dernier, le conseil a voté pour prolonger le bail de l’aéroport jusqu’à 12 ans. PortsToronto en voulait 40. La prolongation est liée à une expansion de piste exigée par Transports Canada, avec une facture qui atteint 64 millions de dollars. Le bail et l’expansion étaient controversés, mais cette prise de contrôle ajoute une couche complètement différente.
Ford dit qu’Ottawa appuie son plan. Le bureau du ministre des Transports Steven MacKinnon a offert une réponse plus prudente. Les décisions concernant Billy Bishop nécessitent un consensus de toutes les parties à l’entente, incluant Toronto, a dit un porte-parole. Ça ressemble pas vraiment à un chèque en blanc. L’Administration portuaire de Toronto, une agence fédérale distincte de la ville, a appuyé la démarche de la province. Ça brouille les cartes.
L’argumentaire de la province est direct. Reprendre la part de la ville dans l’entente et ses terrains en échange d’une compensation équitable. Ensuite, agrandir l’aéroport pour accueillir plus de vols et des avions plus gros. Ford présentera une loi pendant la session du printemps, qui a commencé lundi après une pause de 14 semaines.
Il a présenté la prise de contrôle comme essentielle pour l’avenir économique de l’Ontario. En conférence de presse, il a dit que la province doit permettre un boom économique. Il a qualifié l’opposition du conseil municipal de typique des « gauchistes en bas à l’hôtel de ville de Toronto ». Ford a ajouté que l’aéroport n’est pas juste pour les résidents de Toronto. Il dessert tout l’Ontario et le Canada, a-t-il dit.
Cet argument passe mal auprès des dirigeants locaux. Malik a dit aux journalistes que la manœuvre du premier ministre est inacceptable. Elle a dit que ça cadre avec un pattern d’exclure la ville des décisions qui la concernent directement. Deux de ses collègues conseillers ont fait écho à ce sentiment la semaine dernière. Les grandes décisions concernant le front de mer et Billy Bishop nécessitent de la transparence, a-t-elle dit.
« Les Torontois méritent d’avoir leur mot à dire sur notre ville et notre front de mer », a déclaré Malik. « C’est notre front de mer, pis on a travaillé fort pour continuer à en faire un endroit vibrant et durable. »
La mairesse Chow a dit plus tôt ce mois-ci qu’elle n’appuie pas les jets à l’aéroport des îles. Le conseiller Josh Matlow a juré de combattre le plan de Ford. Les deux ont soulevé des préoccupations concernant le bruit, la circulation et l’impact sur le front de mer. L’aéroport est situé juste au large du centre-ville, accessible par un court trajet en traversier ou un tunnel piétonnier. Les quartiers environnants sont densément peuplés. Les résidents là-bas s’inquiètent de l’augmentation du trafic aérien.
La dynamique politique est délicate. Ford a une majorité à Queen’s Park, ce qui veut dire qu’il peut faire adopter une loi sans l’appui de l’opposition. Mais l’implication fédérale complique les choses. Si Ottawa ne joue pas le jeu, la prise de contrôle pourrait caler. La réponse mesurée de MacKinnon suggère que les fédéraux sont pas prêts à approuver le plan de Ford les yeux fermés.
Il y a aussi la question de la compensation. Quelle est la juste valeur de la participation de la ville? Qui décide? La motion qui sera présentée au conseil cette semaine n’aborde pas ces détails, mais ils compteront si des négociations ont lieu. Le budget de Toronto est serré. Perdre un actif sans paiement adéquat ferait mal.
Le timing de Ford est stratégique. Il lie l’expansion de l’aéroport à son argumentaire plus large selon lequel l’Ontario doit être économiquement compétitif. Avec les tarifs qui menacent le commerce transfrontalier, il se positionne comme le leader prêt à faire des coups d’éclat. Reste à voir si les électeurs achètent ce discours.
Pour l’instant, les lignes de bataille sont tracées. La province veut le contrôle. La ville veut une voix. Et le front de mer, ce morceau de Toronto que les résidents protègent farouchement, est en jeu. Le conseil débattra de la motion cette semaine. Ce vote indiquera si Toronto compte tenir bon ou négocier. D’une façon ou d’une autre, ce combat est loin d’être terminé.