La clinique d’imagerie de Calgary est devenue une bouée de sauvetage pour des dizaines de femmes de la Saskatchewan qui ne pouvaient pas se permettre d’attendre. Quand Angela Morrison a reçu l’appel l’automne dernier lui annonçant que sa mammographie montrait quelque chose d’inquiétant, elle s’attendait à ce que la prochaine étape arrive rapidement. Au lieu de ça, elle s’est retrouvée sur une liste croissante de personnes coincées entre la peur et un système de santé qui plie sous la demande.
L’histoire de Morrison n’a rien d’inhabituel en Saskatchewan, où le diagnostic du cancer du sein accuse un retard dangereux par rapport aux besoins. Mais une initiative interprovinciale lancée plus tôt cette année change la donne. En envoyant des patientes en Alberta pour des procédures d’imagerie et de diagnostic, la province a réduit sa liste d’attente pour le cancer du sein de quatre-vingt-sept pour cent. Les chiffres suggèrent un soulagement, mais ils pointent aussi vers une fracture plus profonde dans la façon dont les provinces des Prairies offrent des soins aux femmes.
La Saskatchewan a eu du mal à bâtir une capacité pour les services de santé mammaire même si la demande grimpe. Les délais d’attente pour l’imagerie de suivi après des mammographies anormales ont dépassé les fenêtres acceptables, augmentant le risque que des cancers à un stade précoce progressent sans être détectés. La province s’est tournée vers Calgary comme soupape de sécurité, passant des contrats avec des cliniques privées pour absorber les cas excédentaires et résorber l’arriéré.
Kimberly Carson, PDG de Cancer du Sein Canada, voit cet arrangement comme pragmatique. Les systèmes de santé à travers le pays sont sous pression, note-t-elle, et attendre une solution parfaite peut coûter des vies. Le dépistage et le diagnostic précoce changent radicalement les chances de survie. Si l’Alberta peut offrir cette fenêtre quand la Saskatchewan ne le peut pas, le compromis a du sens à court terme. Carson félicite tout gouvernement prêt à prendre des mesures non conventionnelles pour régler les délais d’attente, même si ces mesures impliquent de payer une autre province pour faire le travail.
Mais l’initiative a déclenché des tensions politiques. Vicki Mowat, cheffe adjointe du NPD de la Saskatchewan, soutient qu’envoyer des patientes hors province est un aveu coûteux d’échec. Les estimations suggèrent que la province paie jusqu’à dix fois plus par patiente pour des diagnostics hors province qu’elle ne paierait pour des soins équivalents offerts à domicile. Mowat présente cela comme une question de priorités, pointant vers ce qu’elle appelle un sous-investissement systémique dans la santé des femmes et les infrastructures provinciales.
Le ministre de la Santé Jeremy Cockrill rétorque que le gouvernement fait tout ce qu’il faut pour répondre aux besoins des patientes. Il s’est engagé à retourner toutes les pierres nécessaires pour assurer des soins en temps opportun, et souligne les efforts récents pour élargir la capacité diagnostique au sein de la Saskatchewan. La province a ajouté de l’équipement d’imagerie et abaissé le seuil d’âge pour les mammographies financées par l’État, visant à détecter les cancers plus tôt et à réduire les futurs goulots d’étranglement.
Le débat reflète une tension commune dans le paysage des soins de santé canadiens. Les budgets provinciaux sont limités, et bâtir une nouvelle capacité prend du temps. Former des technologues, acheter de l’équipement et élargir les heures d’ouverture des cliniques ne se fait pas du jour au lendemain. Entre-temps, les patientes font face à des choix impossibles : attendre et risquer une progression, payer de leur poche, ou accepter des soins à des centaines de kilomètres de chez elles.
Pour des femmes comme Morrison, l’option albertaine a semblé être à la fois un soulagement et un rappel de quelque chose de brisé. Elle a fait le trajet jusqu’à Calgary un mardi matin à la fin de l’hiver, l’autoroute s’étirant plate et blanche sous un ciel bas. La clinique était efficace et professionnelle. Elle était de retour en Saskatchewan en soirée. Mais l’expérience l’a laissée se demander pourquoi sa province d’origine ne pouvait pas offrir le même service.
Le cancer du sein est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez les Canadiennes, avec près de trente mille nouveaux cas attendus cette année selon la Société canadienne du cancer. La détection précoce est le plus fort prédicteur de survie, ce qui fait de l’accès en temps opportun aux services d’imagerie et de biopsie une question de vie ou de mort. Des délais mesurés en semaines peuvent faire la différence entre une tumorectomie et une mastectomie, entre une maladie localisée et des métastases.
La dépendance de la Saskatchewan envers l’Alberta met en évidence un schéma plus large dans les soins de santé canadiens. Les provinces ont longtemps géré les hausses de demande en envoyant des patients de l’autre côté des frontières pour des chirurgies, de l’imagerie et des traitements spécialisés. La pratique n’est pas nouvelle, mais son ampleur a grandi à mesure que les pressions systémiques s’approfondissent. La COVID-19 a accéléré les tendances existantes, drainant les ressources et poussant les listes d’attente à des sommets historiques.
Carson souligne que les soins hors province ne devraient pas être rejetés simplement parce qu’ils traversent une frontière. Ce qui compte, soutient-elle, c’est que les patientes reçoivent les bons soins au bon moment. La géographie est secondaire par rapport au résultat. Néanmoins, elle reconnaît le fardeau émotionnel et logistique imposé aux patientes qui doivent voyager pour des soins qui devraient être locaux.
L’optique financière est plus difficile à défendre. Payer des tarifs premium pour délester des patientes suggère un échec à investir dans la capacité nationale. Cela soulève des questions sur la planification à long terme et sur la question de savoir si les solutions à court terme retardent les changements structurels nécessaires pour soutenir les soins de santé publics. Mowat et d’autres soutiennent que l’argent dépensé pour les contrats hors province pourrait bâtir une capacité permanente chez nous, formant du personnel et achetant de l’équipement qui servira les femmes de la Saskatchewan pendant des années.
Cockrill insiste sur le fait que le gouvernement fait les deux. L’initiative albertaine est un pont, pas une destination. Des investissements dans les diagnostics locaux sont en cours, et le ministre pointe les progrès récents comme preuve d’engagement. La réduction de la liste d’attente, soutient-il, prouve que la stratégie fonctionne.
Mais la question plus profonde demeure : pourquoi la liste d’attente est-elle devenue si longue en premier lieu? La Saskatchewan n’est pas confrontée à des défis uniques parmi les provinces canadiennes, mais elle n’a pas non plus fait face à une hausse soudaine et imprévisible. Les tendances d’incidence du cancer du sein sont claires depuis des années. L’arriéré reflète une sous-préparation systémique, un échec à adapter les services en phase avec les besoins de santé de la population.
Les femmes à travers la province observent attentivement. Certaines sont reconnaissantes pour l’option albertaine et l’accès plus rapide qu’elle procure. D’autres y voient un pansement coûteux sur une plaie qui nécessite des points de suture. Les deux perspectives détiennent une part de vérité. Les soins de santé sont toujours une négociation entre l’idéal et le possible, entre ce qui devrait être et ce qui est.
Morrison a reçu ses résultats deux semaines après le rendez-vous à Calgary. La masse était bénigne. Elle s’est sentie chanceuse, mais aussi en colère que la chance ait dû faire partie de l’équation. Elle connaît d’autres femmes qui attendent encore, prises dans l’écart entre les annonces politiques et les rendez-vous réels. Pour elles, quatre-vingt-sept pour cent pourrait aussi bien être un chiffre sur une page. Ce qui compte, c’est l’appel qui arrive, ou pas, et ce qui se passe ensuite.