Le coroner en chef du Québec a ordonné cette semaine une enquête publique sur les décès parmi la population itinérante de Montréal. Cette décision fait suite à une pression publique croissante après que plusieurs personnes sont décédées dans les rues de la ville et dans les refuges au cours des derniers mois.
Le coroner en chef Reno Bernier a annoncé l’enquête mercredi. La coroner Stéphanie Gamache dirigera l’examen de cinq décès survenus entre septembre 2025 et mars 2026. Les victimes étaient âgées de 30 à 71 ans.
Jennifer De Nobile est décédée à l’âge de 30 ans en septembre dernier. Marie Soleil Nantais, 46 ans, est décédée en octobre. Trois décès sont survenus en deux jours ce mois de mars : Valmont Brousseau à 71 ans, Alain Paris à 55 ans et Serge Martin à 57 ans.
L’enquête pourrait s’élargir pour inclure d’autres décès similaires si les enquêteurs trouvent des tendances qui méritent d’être examinées. Le bureau de Bernier a indiqué que l’objectif est d’identifier ce qui a conduit à ces décès et de recommander des mesures concrètes pour protéger les résidents vulnérables.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a été visiblement émue la semaine dernière en parlant de deux hommes itinérants retrouvés morts dans la ville. Sa réaction a capté quelque chose que beaucoup de Montréalais ressentent mais ont du mal à exprimer. Quand des gens meurent dans nos rues, ça signale un échec qu’on ne peut pas ignorer.
« Dans un contexte où les décès parmi les personnes en situation d’itinérance sont en hausse, une réflexion approfondie s’impose pour aborder les enjeux humains et sociaux en cause », a déclaré Bernier dans son communiqué. C’est cette augmentation du nombre de décès qui rend cette enquête nécessaire maintenant.
Le coroner a souligné que chaque vie compte. Son bureau veut une transparence totale sur ce qui s’est passé et pourquoi. Cela inclut l’examen de la façon dont les différents organismes coordonnent leurs interventions et si les protections actuelles rejoignent vraiment les plus vulnérables.
La procureure Émilie Fay-Carlos assistera Gamache tout au long du processus. Les dates d’audience n’ont pas encore été fixées, mais elles apparaîtront sur le site web du coroner une fois programmées.
Cette enquête arrive alors que les villes partout au Canada sont aux prises avec des crises de l’itinérance qui se sont aggravées depuis la pandémie. Montréal est loin d’être seule. Toronto, Vancouver et Calgary rapportent toutes un nombre croissant de personnes vivant dans la rue et mourant dans des circonstances qui devraient tous nous faire honte.
Mais la situation de chaque ville a des caractéristiques uniques. Les hivers rigoureux de Montréal rendent la survie en plein air particulièrement dangereuse. La ville a des places en refuge, oui, mais pas assez. Et un refuge seul ne règle pas l’itinérance de toute façon.
Qu’est-ce qui fait qu’une personne se retrouve à dormir dans les rues de Montréal en mars? Habituellement, c’est une cascade d’échecs, pas un événement dramatique unique. Peut-être que les services de santé mentale n’étaient pas disponibles au moment nécessaire. Peut-être que les traitements pour la dépendance avaient des listes d’attente de plusieurs mois. Parfois, les liens familiaux se sont effilochés au-delà de toute réparation.
Les coûts du logement comptent aussi. Quand le loyer prend 60 ou 70 pour cent du revenu, un mauvais mois peut pousser quelqu’un dehors. Le filet de sécurité sociale du Québec est plus solide que ce qu’offrent la plupart des provinces. Mais des lacunes existent encore, pis du monde tombe à travers.
L’enquête examinera probablement si les services existants rejoignent vraiment les personnes qui en ont le plus besoin. Avoir des programmes sur papier ne veut rien dire si quelqu’un en crise ne peut pas y accéder. Les barrières bureaucratiques peuvent être mortelles quand tu dors dehors.
La coordination entre les organismes fait souvent défaut. Les services de santé, les programmes de logement, la police et les organismes communautaires touchent tous les populations itinérantes. Mais ils ne partagent pas toujours l’information ou n’alignent pas leurs efforts. Quelqu’un pourrait sortir de l’hôpital sans nulle part où aller.
Montréal a ouvert plusieurs centres de réchauffement d’urgence pendant les vagues de froid cet hiver. Les autorités municipales ont augmenté la capacité des refuges et prolongé les patrouilles de proximité. Pourtant, des gens sont quand même morts. Ça suggère des problèmes systémiques qu’aucune solution rapide ne peut régler.
La réaction émotive de la mairesse Martinez Ferrada a résonné parce qu’elle semblait authentique. Les politiciens offrent souvent de la sympathie scriptée après des tragédies. Sa détresse visible suggérait qu’elle comprend le coût humain des échecs de politiques.
Mais les émotions ne suffisent pas. Cette enquête doit produire des recommandations qui seront vraiment mises en œuvre. Trop souvent, les enquêtes génèrent des rapports qui prennent la poussière pendant que des gens continuent de mourir.
Quels changements concrets pourraient aider? Plus de lits en refuge, c’est évident mais insuffisant. Le logement permanent avec soutien fonctionne mieux que les refuges d’urgence. Ça veut dire des appartements avec des services de soutien intégrés, pas juste un toit.
Les services de santé mentale et de dépendance ont besoin d’investissements sérieux. Pas des augmentations symboliques — le genre de financement qui correspond vraiment à l’ampleur des besoins. Pis ces services doivent être accessibles sans tracasseries bureaucratiques.
Le soutien au revenu compte aussi. Les taux d’aide sociale au Québec n’ont pas suivi le rythme du coût de la vie. Quelqu’un qui reçoit du BS ne peut souvent pas se payer le loyer et la nourriture. Ce calcul pousse les gens vers l’itinérance.
Le gouvernement provincial contrôle plusieurs leviers qui pourraient régler ces enjeux. Québec fixe les taux d’aide sociale, finance les services de santé et soutient les programmes de logement. Les gouvernements municipaux comme celui de Montréal gèrent les refuges et les interventions d’urgence, mais ne peuvent pas régler les causes profondes seuls.
Cette enquête se déroule dans une année électorale au fédéral et alors que la politique provinciale se réchauffe. Le logement et l’itinérance sont devenus des enjeux de campagne centraux. Les électeurs exigent de plus en plus des actions, pas juste de la sympathie.
La pression politique crée des opportunités de changement. Mais elle risque aussi des solutions superficielles conçues pour les manchettes plutôt que pour les résultats. L’enquête doit aller au-delà du théâtre politique vers une vraie réforme des politiques.
La coroner Gamache fait face à une tâche difficile. Elle doit établir les faits sur cinq décès spécifiques tout en identifiant des échecs systémiques plus larges. Ça demande d’examiner les circonstances individuelles sans perdre de vue les tendances plus générales.
Les familles de ceux qui sont morts méritent des réponses. Mais les milliers de Montréalais qui vivent actuellement l’itinérance aussi. Ils ont besoin que cette enquête déclenche des changements qui pourraient sauver leurs vies.
Les prochains mois révéleront si le gouvernement du Québec prend ces recommandations au sérieux. Les paroles de préoccupation sont bon marché. Les allocations budgétaires et les changements de politiques démontrent un vrai engagement.
Les décès d’itinérants à Montréal reflètent des échecs qu’on ne peut plus accepter comme inévitables. Le temps froid n’a pas tué ces cinq personnes. Les choix de politiques l’ont fait. Des choix différents pourraient prévenir de futurs décès.
C’est ce qui rend cette enquête importante. Elle force des questions inconfortables sur les priorités et les ressources. Elle exige qu’on examine si nos systèmes sociaux protègent vraiment les vulnérables ou font juste semblant.
Les réponses comptent parce que d’autres vies sont en jeu.