L’air du matin sentait la terre retournée et la fumée de barbecue quand je suis arrivé sur le site du Stampede de Calgary en juillet dernier. Des milliers de personnes étaient venues pour les chevaux sauvages et les lumières de la fête foraine. Mais coincé entre les granges à bétail et les gradins, quelque chose de plus discret se déroulait. Des sommeliers en chemises impeccables se penchaient sur des rangées de verres à vin, faisant tournoyer et humant. Des chefs dressaient du tartare de bison avec des baies de saskatoon marinées. Un éleveur du sud de l’Alberta parlait de pâturage régénératif tout en versant un verre de rosé de l’Okanagan.
Le Stampede a toujours célébré ce qui pousse ici. Le bétail et le blé. L’orge et le canola. Mais depuis quelques années, le festival pose une question différente. Et si la terre pouvait aussi nous donner quelque chose d’élégant, quelque chose d’inattendu? Et si l’histoire alimentaire de l’Alberta incluait plus qu’un steak haché dans un pain?
Le concours agroalimentaire et vinicole a été lancé discrètement il y a quelques années, mais il gagne en popularité. Des juges dégustent des vins de partout dans l’Ouest canadien, les évaluant sur leur équilibre, leur structure et leur sens du terroir. Des chefs locaux rivalisent pour mettre en valeur des ingrédients cultivés dans un rayon de quelques centaines de kilomètres. L’objectif n’est pas de reproduire Napa ou Bordeaux. C’est de prouver que le sol des prairies et l’eau des montagnes peuvent produire quelque chose qui vaut la peine d’être savouré.
Jillian Code, journaliste spécialisée en alimentation et agriculture qui a couvert la compétition, dit qu’elle reflète un changement plus large dans la façon dont les Canadiens pensent aux systèmes alimentaires régionaux. Les consommateurs veulent savoir d’où viennent leurs repas. Ils veulent des histoires derrière le verre. Et ils veulent que ces histoires soient locales, traçables et ancrées dans le paysage qu’ils appellent chez eux.
Les vins soumis viennent surtout de la vallée de l’Okanagan en Colombie-Britannique, mais un nombre croissant arrivent de plus petites exploitations en Alberta et en Saskatchewan. Ce ne sont pas des étiquettes grand public. Ce sont des cuvées en petits lots fabriquées par des gens qui comprennent les dates de gel et les courtes saisons de croissance. Certains vignobles expérimentent avec des hybrides résistants au froid qui peuvent survivre à un hiver des prairies. D’autres travaillent avec des communautés autochtones pour incorporer des connaissances traditionnelles dans la fermentation et les profils de saveur.
Une vigneronne à qui j’ai parlé a décrit son travail comme un acte de foi. Elle plante des vignes en sachant qu’elles pourraient ne pas survivre. Elle récolte en octobre, en course contre la première neige. Et elle met en bouteille les résultats avec une étiquette qui dit simplement « Fait ici ». Cette phrase a du poids dans une province souvent définie par les champs pétroliers et les ranchs de bétail. Elle suggère que l’identité agricole de l’Alberta est encore en train de s’écrire.
Le concours culinaire se déroule en parallèle de la dégustation de vins, et il est tout aussi révélateur. Les chefs utilisent du bison, du wapiti et du chevreuil aux côtés de grains anciens et de champignons sauvages. Ils marinent de la rhubarbe et font sécher de la truite. Ils font de la crème glacée aux cerises à grappe et du pain avec du blé Red Fife. Les plats ne sont pas tape-à-l’œil. Ils sont discrets et confiants, le genre de nourriture qui a le goût d’un souvenir.
Une chef m’a dit qu’elle s’approvisionne en tout dans un rayon de trois heures de route. Ça veut dire travailler avec des fermiers qu’elle connaît par leur nom. Ça veut dire ajuster les menus en fonction de ce qui est mûr. Et ça veut dire éduquer les convives sur la saisonnalité, un concept qui peut sembler abstrait dans un monde d’avocats à l’année et de fraises importées.
La compétition ne porte pas seulement sur le goût. Elle porte sur la résilience. Les changements climatiques remodèlent l’agriculture à travers les Prairies. Les sécheresses sont plus longues. Les gelées sont moins prévisibles. Et les agriculteurs s’adaptent, expérimentant avec de nouvelles cultures et de vieilles techniques. Les vins et plats présentés au Stampede reflètent cette innovation. Ils montrent ce qui est possible quand les gens prêtent attention à la terre au lieu de la combattre.
Il y a aussi une dimension économique. L’industrie vinicole de l’Ouest canadien vaut des centaines de millions de dollars et elle est en croissance. Selon Vignerons du Canada, le secteur soutient des milliers d’emplois et attire des touristes qui veulent goûter aux saveurs régionales. Des compétitions comme celle du Stampede aident à faire connaître les petits producteurs qui pourraient autrement passer inaperçus. Une médaille ou une mention peut faire la différence entre vendre une cuvée complète et fermer boutique.
Mais la vraie valeur est peut-être culturelle. La nourriture et le vin relient les gens au territoire. Ils créent de la fierté et de la curiosité. Et dans une région souvent négligée par les médias nationaux, ils offrent un contre-récit. L’Alberta, ce n’est pas juste le pétrole et le bœuf. C’est aussi des vignerons expérimentaux et des céréaliculteurs de troisième génération. C’est des chefs qui marinent et conservent. Ce sont des gens qui bâtissent une culture alimentaire à partir de rien.
En me promenant dans le Stampede ce jour-là, j’ai entendu une femme dire qu’elle ne savait pas que l’Alberta avait des vignobles. Son amie a ri et lui a versé une dégustation. Le vin était lumineux et herbacé, avec un léger côté minéral. Pas français. Pas californien. Juste lui-même.
Plus tard, j’ai assisté à une table ronde sur l’agriculture régénérative. Un éleveur expliquait comment le pâturage en rotation améliore la santé du sol. Une chef décrivait la cuisine avec ces mêmes bovins, sachant qu’ils avaient été élevés sur des herbes indigènes. Un sommelier parlait d’accorder le bœuf avec un rouge de la vallée de Similkameen. La conversation passait sans heurt entre l’écologie, l’économie et la saveur. C’était le genre de discussion qui n’arrive pas assez souvent.
Le Stampede a toujours été une vitrine. Mais ce qu’il présente change. Le rodéo et l’agriculture seront toujours centraux. Mais maintenant, il y a de la place pour les verres à vin et les planches de charcuterie. Il y a de l’espace pour des conversations sur le terroir et la tradition. Et il y a une reconnaissance que célébrer la terre signifie célébrer tout ce qu’elle peut offrir, pas seulement ce qu’elle a toujours offert.
Alors que le soleil de l’après-midi s’inclinait sur les tentes, j’ai goûté un dernier verre. C’était un assemblage blanc, vif et froid. La vigneronne a dit qu’il était fait à partir de raisins cultivés à la limite nord de leur aire. Risqué, a-t-elle admis. Mais ça en valait la peine. Cette volonté de prendre des risques, de repousser les limites, semblait être le cœur de tout l’événement. Le Stampede de Calgary n’abandonne pas ses racines. Il les approfondit.