La Colline du Parlement s’apprête à redevenir bruyante. Quand les députés retourneront à la Chambre des communes demain, les sujets de chicane ne manqueront pas. Le conflit au Moyen-Orient arrive en tête de liste, mais la législation sur les crimes haineux et les budgets supplémentaires suivent de près.
Le cabinet du premier ministre Mark Carney n’a pas confirmé s’il sera à son siège quand la période des questions commencera. Ce silence pourrait être stratégique. Les chefs de l’opposition aiguisent leurs questions sur le rôle du Canada dans la crise qui s’intensifie entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
La semaine dernière, le Canada s’est joint à six autres pays dans une déclaration exigeant que l’Iran cesse de bloquer le détroit d’Ormuz. Cette voie maritime est vitale pour les expéditions mondiales de pétrole. Mais le gouvernement reste vague sur ce que le Canada pourrait vraiment faire pour aider.
Le ministre de la Défense David McGuinty a dit que le Canada « considère » une assistance aux voisins de l’Iran s’ils demandent un soutien de l’OTAN. Quand CBC News a demandé des précisions au Cabinet du premier ministre, l’équipe de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a répondu avec un langage prudent. Tout soutien dépendrait des « besoins sur le terrain » et de consultations avec nos alliés, a dit un porte-parole.
Cette non-réponse va frustrer les banquettes de l’opposition. Les Canadiens veulent de la clarté quand leur gouvernement pèse des engagements militaires ou diplomatiques à l’étranger. Les promesses floues ne passent pas quand les tensions dans le golfe Persique font grimper le prix du pétrole et menacent les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Ici au pays, le projet de loi sur les crimes haineux du ministre de la Justice Sean Fraser file vers un vote final. Les libéraux ont établi un calendrier serré avec l’aide du Bloc Québécois. Le débat à l’étape du rapport a lieu lundi, avec la lecture finale possiblement mercredi.
Il ne reste que quatre jours de séance avant le congé de Pâques. Les députés retournent dans leurs circonscriptions jeudi après-midi. Ce calendrier comprimé laisse peu de place aux amendements ou à un débat prolongé sur une législation qui a suscité un désaccord féroce.
Les critiques craignent que le projet de loi aille trop loin dans la restriction de la liberté d’expression. Les partisans disent que c’est nécessaire pour protéger les communautés vulnérables. De toute façon, le pousser en trois jours n’inspire pas confiance dans une législation réfléchie.
Les néo-démocrates ont leur propre échéance. Les membres du parti se rassemblent à Winnipeg le week-end prochain pour choisir un nouveau chef. Ça veut dire que les travaux de la Chambre se terminent jeudi pour permettre aux députés néo-démocrates de faire le voyage vers l’ouest.
Les questions d’argent pressent aussi. Le dernier budget supplémentaire doit être adopté d’ici le 26 mars. Ces demandes de dépenses financent les opérations gouvernementales. Le Parlement les approuve traditionnellement sans trop d’histoires, mais ce gouvernement minoritaire ne peut rien tenir pour acquis.
Les conservateurs ont réservé mardi comme journée de l’opposition. Ils vont pousser leur plan pour « doubler la production automobile » par des changements tarifaires. La motion demande de retirer la TPS sur les véhicules fabriqués au Canada et de mettre fin à ce qu’ils appellent les « mandats contre-productifs des libéraux sur les véhicules électriques ».
Leur proposition inclut aussi le maintien de la règle de contenu nord-américain à 75 pour cent en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Et ils veulent interdire les véhicules utilisant des logiciels connectés à la Chine ou à la Russie, citant des préoccupations de cybersécurité.
Ces idées vont résonner dans les circonscriptions productrices d’automobiles de l’Ontario. Si elles ont du bon sens économique, c’est une autre question. La politique commerciale est complexe, et les slogans de campagne capturent rarement cette complexité.
Plusieurs ministres doivent comparaître devant des comités cette semaine. La ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration Lena Metlege Diab fait face à des questions lundi matin. Le ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree y va mardi après-midi. Le président du Conseil du Trésor Shafqat Ali apparaît jeudi matin.
Ces sessions permettent aux députés d’examiner les propositions de dépenses en détail. Ou elles devraient. Trop souvent, les réunions de comité deviennent du théâtre partisan plutôt qu’une surveillance sérieuse.
Le comité des finances a une tâche contentieuse lundi après-midi. Les députés vont interviewer Annette Ryan, le choix du gouvernement pour directrice parlementaire du budget. Les partis d’opposition veulent plutôt que Jason Jacques, le directeur par intérim actuel, soit nommé pour un mandat complet.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a envoyé à Carney une lettre plus tôt ce mois exprimant des réserves « sérieuses » au sujet de Ryan. Il a accusé le premier ministre d’essayer de « museler » le chien de garde budgétaire en ne donnant pas à Jacques le poste permanent.
Le comité des opérations gouvernementales a déjà adopté une motion recommandant Jacques pour le rôle. Les membres libéraux ont voté contre. Ça prépare une session inconfortable quand Ryan comparaîtra devant les députés.
Le directeur parlementaire du budget est censé être indépendant. Les chicanes partisanes sur la nomination minent la confiance du public dans cette indépendance. Les deux côtés devraient marcher prudemment.
La vérificatrice générale Karen Hogan publie trois rapports lundi matin. Un examine si Immigration Canada a bien réformé le Programme d’étudiants internationaux. Un autre révise les efforts pour réparer le système de paie Phénix problématique. Le troisième regarde le recrutement et la dotation de la GRC.
Hogan va aussi présenter des examens spéciaux de l’Administration de pilotage de l’Atlantique et de VIA Rail. Ses rapports trouvent généralement des problèmes que les bureaucrates préféreraient ignorer. C’est pourquoi son travail compte.
Les ministres répondront aux conclusions de Hogan lors d’une disponibilité médias. Le ministre de la Transformation Joël Lightbound, la ministre de l’Immigration Diab et le ministre de la Sécurité publique Anandasangaree défendront leurs ministères. Hogan elle-même fera face à des questions au comité des comptes publics.
D’autres comités ont des agendas chargés cette semaine. Les membres du comité de la justice entendent l’argumentaire de Fraser sur la violence fondée sur le sexe et les délais judiciaires lundi matin. Les députés des anciens combattants examinent un contrat controversé de 560 millions de dollars avec Partners in Canadian Veterans Rehabilitation Services.
Ce contrat a suscité des plaintes d’anciens combattants et de travailleurs de la santé. Le Toronto Star a rapporté des préoccupations sur les retards, les évaluations redondantes et les plans de réadaptation inadéquats. Les cadres de l’entreprise, une coentreprise impliquant des filiales de Loblaw, témoigneront lundi après-midi.
Le comité des sciences et de la recherche poursuit l’étude de la politique scientifique fédérale lundi soir. Les membres des droits de la personne internationaux entendent parler de répression transnationale par des groupes de défense. Les députés des ressources naturelles explorent les exportations d’énergie avec des témoignages de leaders inuits et de représentants de l’industrie mardi matin.
Les membres du comité du commerce examinent les relations avec les pays sud-américains du Mercosur mardi matin. Les députés de l’environnement discutent de la tarification industrielle du carbone cet après-midi-là. Et le comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir aborde l’admissibilité pour maladie mentale mardi soir.
Ces sessions font rarement les manchettes. Mais c’est là que le vrai travail de politique se fait, loin des théâtraux de la période des questions.
Autour de la Colline du Parlement, plusieurs événements méritent attention cette semaine. Le Secrétariat des recours collectifs des Noirs dévoile une initiative nationale lundi pour moderniser les règles fédérales d’équité en matière d’emploi. Les organisateurs de festivals de la fierté de Toronto, Montréal et Vancouver demandent du financement fédéral mardi matin.
La députée néo-démocrate Jenny Kwan rencontre des représentants étudiants mardi après-midi pour critiquer les coupures libérales à l’aide financière aux étudiants. Un syndicat représentant le personnel de réadaptation correctionnel publie un rapport mercredi sur les pressions de charge de travail et le bien-être du personnel.
La Coalition pour un avenir meilleur tient un événement jeudi pour publier sa plus récente fiche de rendement sur les indicateurs économiques canadiens. Les anciennes ministres Lisa Raitt et Anne McLellan prendront la parole, avec des députés actuels et des leaders de l’industrie.
Le ministre de l’Énergie Tim Hodgson voyage à Houston cette semaine pour CERAWeek, le plus grand rassemblement annuel de l’industrie. Le moment est notable. Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont fait monter en flèche les prix du pétrole et les gouvernements se démènent pour gérer l’inflation.
Ce que Hodgson entendra à Houston façonnera les réponses de politique énergétique du Canada. Espérons qu’il ramène plus que des goodies de conférence et des éléments de langage.
Carney est la vedette d’une collecte de fonds libérale à Halifax jeudi soir. Les billets coûtent 1 775 $ chacun. Le ministre de la Justice Fraser et la ministre de l’Immigration Metlege Diab, tous deux députés néo-écossais, se joindront à lui.
Poilievre a sa propre collecte de fonds jeudi soir dans une résidence privée à Vaughan. L’adresse est sur ce qu’une récente annonce immobilière appelait « le cul-de-sac le plus convoité de Thornhill ». Rien ne dit touche populaire comme un événement dans une subdivision chic.
Deux autres ministres libéraux travaillent le circuit de collecte de fonds dans la région du Grand Toronto plus tard cette semaine. Le secrétaire au Travail John Zerucelli apparaît dans une salle de banquet à Etobicoke jeudi. Le ministre de l’Intelligence artificielle Evan Solomon organise un événement au centre-ville vendredi.
L’argent alimente les campagnes politiques. Mais les Canadiens ont le droit de savoir qui signe ces chèques et quel accès ils achètent.
Cette semaine va tester si le Parlement peut gérer plusieurs crises en même temps. La situation au Moyen-Orient exige une diplomatie prudente. La législation sur les crimes haineux a besoin d’un débat réfléchi. Les budgets supplémentaires requièrent un examen sérieux.
Les députés seront tentés de jouer à leurs bases et de marquer des points partisans. Certains résisteront à cette tentation. D’autres pas.
De toute façon, les électeurs regardent. Ils s’attendent à ce que leurs représentants fassent le dur travail de gouverner, pas juste performer devant les caméras.
Les quatre prochains jours montreront quels députés comprennent cette différence.