La rondelle a glissé maladroitement du bâton de Yegor Sharangovich, a culbuté vers l’avant comme une pièce de monnaie échappée sur la glace, et s’est retrouvée sous les jambières de Darcy Kuemper. Le gardien des Kings ne l’a jamais vue venir. Sharangovich non plus, qui s’est couvert la bouche d’incrédulité pendant que ses coéquipiers l’entouraient mardi soir au Saddledome.
« Ils rient et me niaisen dans le fond : “Yegor Kucherov” », a-t-il dit après le match, souriant à la comparaison avec l’un des attaquants les plus talentueux du hockey. Le but gagnant en fusillade contre Los Angeles était un pur accident. Mais le moment qui l’a préparé—ça, c’était délibéré, mérité, et attendu depuis trop longtemps.
Au milieu de la troisième période, alors que Calgary tirait de l’arrière 2-1 avec un avantage numérique à deux hommes qui s’écoulait, le défenseur de 19 ans Zayne Parekh a déclenché un tir de la pointe. La rondelle a fusé devant le bouclier de Kuemper. Premier but de la saison. Match numéro 26. Un jeune qui avait attendu, bûché, appris à survivre dans une ligue faite pour des hommes adultes venait enfin d’obtenir sa récompense.
« J’commençais à accepter que j’allais pas compter cette année », a admis Parekh. Son sourire était mi-soulagement, mi-revanche. « Ça fait que c’était l’fun d’en pogner un. »
Le but en soi comptait. Mais ce qui s’est passé autour comptait encore plus. Parekh a reçu la passe de Matvei Gridin, un autre attaquant de 20 ans qui cherche encore ses repères. Matt Coronato, 23 ans et qui porte déjà des attentes offensives, était aussi sur la glace. Tous les trois sont restés pour la prolongation. Tous les trois sont des pierres angulaires de ce que Calgary essaie de bâtir à travers cette saison difficile, orientée vers la loterie.
L’entraîneur Ryan Huska n’est pas tombé sur cette décision par hasard. Il l’a prise en sachant très bien l’apparence que ça donne, le risque, le message que ça envoie quand tu fais confiance à des adolescents dans des moments cruciaux. Selon une étude de l’International Journal of Sports Science & Coaching, le développement des joueurs s’accélère quand les jeunes athlètes reçoivent des responsabilités significatives dans des contextes compétitifs. Huska mise là-dessus.
« Je pense qu’il était frustré, ou il l’était, pis on en a jasé », a dit Huska au sujet de Parekh, qui a inscrit un sommet personnel de cinq tirs au filet. « Il doit juste se rappeler qu’il fait plein de bonnes affaires loin de la rondelle. Il apprend comment jouer le match au niveau de la LNH, c’est fou. »
Parekh est plus petit que la plupart des défenseurs. Il a du talent d’une façon qui ne se traduit pas toujours immédiatement dans une ligue obsédée par le gabarit et le physique. Percer à 19 ans signifie absorber les leçons en temps réel, souvent publiquement, parfois douloureusement. La LNH ne dorlote personne. Elle teste.
Mais Huska a été constant : l’offensive va venir si la base est solide. Mardi en était la preuve.
« Y’a de la pression qui lui est mise par des sources externes des fois », a ajouté Huska. « Mais ce qu’il fait, par contre, c’est qu’il apprend à être un joueur plus complet. Pis je pense qu’il fait une excellente job avec ça. »
Gridin, qui a créé le but, ne pouvait pas cacher son soulagement non plus. « C’est bon que Zayne ait enfin compté son premier but de la saison—on l’attendait tous, pis il était tellement content », a dit l’ailier. Puis il a ajouté quelque chose qui semblait plus grand qu’un match. « J’espère qu’on va jouer ensemble, genre, 15 autres années, pis en générer beaucoup. »
C’est la vision que Calgary poursuit à travers cette reconstruction. Pas une solution rapide. Pas un pansement de vétéran. Un groupe de jeunes qui grandissent ensemble, échouent ensemble, finissent par gagner ensemble. Les Flames sont présentement près du fond de l’Association de l’Ouest, selon le classement de la LNH, et une séquence de quatre victoires ne change rien aux chances à la loterie du repêchage. Mais ça change quelque chose pour le moral, pour la conviction, pour le genre de culture qui sépare les équipes qui reconstruisent avec succès de celles qui pataugent.
Gagner, même dans une saison perdue, crée un environnement plus sain. Un rapport de 2021 du journal Sport Psychology a révélé que les athlètes en début de carrière qui connaissent du succès dans des environnements soutenants montrent une plus grande résilience à long terme et une constance de performance. Le jeune noyau de Calgary a besoin de ça. Ils ont besoin de savoir ce que ça fait de gagner, ce que ça prend, comment fermer des matchs serrés quand la pression monte.
En ce moment, ils obtiennent ces répétitions. Parekh et Gridin sur la glace ensemble en prolongation. Sharangovich qui scelle l’affaire accidentellement en fusillade. Un vestiaire qui peut rire de l’absurdité tout en célébrant la substance en dessous.
« Vraiment confiant », a dit Gridin quand on lui a demandé comment il se sentait. Il a souri en admettant avoir été « vraiment bon » en prolongation la veille contre Tampa. C’est pas de l’arrogance. C’est un jeune à qui on fait confiance et qui commence à y croire.
Parekh a fait écho au sentiment. « Il me fait confiance dans ces situations-là, pis ça veut dire beaucoup pour moi », a-t-il dit à propos de Huska. « J’espère qu’on va continuer à finir sur la feuille de match tous les trois ensemble. »
Quatre victoires d’affilée ne changeront pas la trajectoire de la saison de Calgary. Ils sont encore en reconstruction, perdent encore plus qu’ils gagnent, sont encore plus proches d’un choix top-cinq que d’une place en séries. Mais la culture ne se bâtit pas dans le classement. Elle se bâtit dans des moments comme ceux-ci—quand un coach choisit la croissance plutôt que la prudence, quand un jeune de 19 ans compte son premier but dans un moment décisif, quand des coéquipiers se sautent dessus pour une rondelle qui est entrée par accident mais qui semblait comme le destin.
Les Flames ne gagneront pas de championnat cette année. Ils sont pas supposés. Mais ils apprennent comment gagner, ce qui est différent. Ils apprennent ce que ça fait quand la préparation rencontre l’opportunité, quand la confiance est récompensée, quand les jeunes dans lesquels t’as investi commencent à rapporter.
Le but comique de Sharangovich va faire les bêtisiers pour toutes les mauvaises raisons. Mais le but de Parekh, la passe de Gridin, la foi de Huska dans son jeune noyau—ça, c’est les manchettes qui comptent. Ça, c’est les fondations.
La chute était chanceuse. L’histoire en dessous était vraie. Et à Calgary, où l’avenir prend encore forme, c’est exactement à quoi doit ressembler la victoire en ce moment.