Je faisais la queue chez Blue Sky Cannabis dans l’est de Vancouver, observant la budtender qui expliquait l’avis de rappel à un homme âgé utilisant des produits de cannabis pour soulager des douleurs chroniques. Ses mains usées s’agrippaient au comptoir tandis qu’elle détaillait patiemment quels articles avaient été retirés des étagères. Cette scène se répète dans les dispensaires à travers le Canada depuis que Santé Canada a annoncé l’un des plus importants rappels de cannabis de l’histoire du pays le mois dernier.
« C’est l’étiquetage erroné qui m’inquiète le plus, » explique Devi Sharma, gérante chez Blue Sky. « Plusieurs de nos clients âgés ou ceux avec des besoins médicaux dépendent d’un dosage constant. Quand les produits contiennent deux ou trois fois plus de THC que ce qui est indiqué sur l’étiquette, on parle de risques de réactions indésirables. »
Le rappel national touche des produits de douze producteurs autorisés après que des tests aléatoires aient révélé des niveaux de THC considérablement plus élevés que ceux indiqués sur les emballages. Dans certains cas, des produits étiquetés comme contenant 10 mg de THC en contenaient en réalité plus de 30 mg – suffisamment pour déclencher de l’anxiété, de la paranoïa, voire une psychose aiguë chez les personnes sensibles.
L’avis officiel de Santé Canada a identifié plus de 300 produits spécifiques qui ont échoué aux tests de conformité, principalement des produits comestibles et des boissons, bien que certaines cartouches de vapotage soient également concernées. L’agence a signalé avoir reçu 127 rapports d’événements indésirables potentiellement liés aux produits mal étiquetés, dont 12 cas nécessitant une attention médicale.
La Dre Maya Williams, médecin urgentiste à l’Hôpital général de Vancouver, a été témoin directe des conséquences. « Nous avons constaté une augmentation notable des visites aux urgences liées au cannabis depuis août, » m’a-t-elle confié pendant sa pause. « La plupart des patients présentent des palpitations, de la paranoïa et une anxiété extrême. Bien que rarement mortelles, ces expériences peuvent être véritablement traumatisantes, surtout pour les utilisateurs inexpérimentés ou ceux ayant des conditions sous-jacentes. »
Ce rappel met en lumière des problèmes persistants sur le marché canadien réglementé du cannabis, lancé en octobre 2018 avec des promesses de sécurité, de cohérence et de contrôle qualité. Malgré des réglementations rigoureuses sur papier, l’application a parfois été insuffisante dans la pratique, selon les observateurs de l’industrie.
Jenna Robertson, analyste senior au Groupe de recherche sur le marché du cannabis, explique que les exigences de test varient selon la province, et certains producteurs ont trouvé des moyens de contourner le système. « Certaines entreprises sont connues pour soumettre leurs meilleurs échantillons aux tests tout en laissant la qualité diminuer dans les lots de production régulière. D’autres font face à des défis avec des procédures de mélange inadéquates qui créent une puissance incohérente dans les séries de production. »
Pour les communautés autochtones gérant des dispensaires selon leurs cadres de souveraineté, le rappel présente des complexités supplémentaires. Au Centre de guérison Red Cedar sur le territoire Squamish, le propriétaire Michael Williams continue de servir les patients tout en naviguant entre deux systèmes réglementaires.
« Nous nous approvisionnons à la fois auprès de producteurs autorisés et de cultivateurs autochtones, » explique Williams en me montrant leurs protocoles de test. « Nous avons retiré tous les produits rappelés, mais cela souligne pourquoi de nombreuses communautés autochtones ont développé leurs propres systèmes d’assurance qualité. Ce n’est pas seulement une question de réglementations – c’est une question de médecine et de responsabilité envers notre peuple. »
L’industrie légale du cannabis au Canada a généré environ 4,2 milliards de dollars en 2024, selon les données de Statistique Canada, mais la croissance a ralenti face à la concurrence persistante des marchés non réglementés. Les initiés de l’industrie craignent que ce rappel n’érode davantage la confiance des consommateurs dans le système légal.
« Quand les gens paient des prix premium sur le marché légal, ils s’attendent à la certitude et à la sécurité, » affirme Alison Torres, PDG du Conseil canadien du cannabis, une association industrielle. « Ces rappels, bien que nécessaires, endommagent la confiance que nous avons travaillé dur à construire avec des consommateurs qui pourraient maintenant se demander si le cadre réglementaire les protège réellement. »
Le moment ne pourrait être pire pour l’industrie, survenant alors que le Parlement débat des amendements à la Loi sur le cannabis. L’examen statutaire, commencé en 2023, a progressé lentement à travers les étapes du comité, les défenseurs poussant pour des réformes concernant les exigences d’emballage, les limites de puissance et les taxes pour aider les entreprises légales à concurrencer les alternatives non réglementées.
Mais le rappel démontre également ce qui fonctionne dans le système canadien. Contrairement aux marchés non réglementés, le cadre légal a identifié les incohérences, déclenché des alertes nationales et retiré de la circulation les produits potentiellement problématiques.
De retour chez Blue Sky Cannabis, j’observe le personnel vérifier méticuleusement l’inventaire par rapport à la liste de rappel. Le client âgé que j’avais observé plus tôt revient, ordonnance en main, avec des questions sur les alternatives. La budtender prend du temps supplémentaire pour discuter des options, expliquant le processus de test pour les produits restants et offrant des conseils détaillés sur le dosage.
Pour de nombreux utilisateurs médicaux, le rappel souligne la nécessité d’un système réglementé, même avec ses imperfections. Susan Cho, qui utilise le cannabis pour gérer les symptômes de la sclérose en plaques, m’explique son point de vue en attendant sa commande.
« J’utilise le cannabis depuis avant la légalisation, » dit-elle. « Dans le passé, on ne savait jamais ce qu’on obtenait. Au moins maintenant, quand quelque chose ne va pas, il y a une responsabilité et un processus pour y remédier. »
Santé Canada a annoncé des protocoles de tests aléatoires renforcés et d’éventuelles sanctions pour les producteurs autorisés en violation des exigences de précision d’étiquetage. Il est conseillé aux consommateurs ayant acheté des produits rappelés de les retourner au point d’achat pour remboursement ou élimination sécuritaire.
Alors que le Canada approche le septième anniversaire de la légalisation du cannabis en octobre prochain, ce rappel sert à la fois d’avertissement sur les défis persistants et de preuve d’un cadre réglementaire en maturation qui cherche encore son équilibre entre protection des consommateurs et viabilité de l’industrie.