Robert Phillips s’est présenté devant les journalistes avec ce genre de frustration retenue qu’on voit seulement quand quelqu’un sent qu’une promesse est sur le point de se briser. Le leader du Sommet des Premières Nations n’y est pas allé par quatre chemins. Les modifications proposées à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de la Colombie-Britannique donneraient un coup de massue à une loi qui semblait autrefois être un tournant.
Phillips a utilisé le mot « éviscérer ». C’est pas un terme qu’on lance à la légère dans les cercles politiques. Ça veut dire plus qu’une révision ou un ajustement. Ça signale une destruction de l’intérieur.
La loi en question — communément appelée DRIPA — était censée être différente. Adoptée en grande pompe, elle alignait le droit provincial avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Elle promettait une nouvelle relation. Elle a été saluée comme un cadre pour la réconciliation basé sur le respect, pas sur la rhétorique.
Maintenant, selon Phillips, ce cadre est menacé. Il affirme que les modifications feraient reculer des décennies de progrès entre la province et les Premières Nations. Le timing compte. Le premier ministre David Eby doit rencontrer les leaders des Premières Nations jeudi. L’atmosphère avant cette rencontre est tendue.
Eby a défendu publiquement les changements proposés. Son argument tourne autour de la gouvernance. Il croit que les députés élus, pas les tribunaux, devraient diriger les efforts de réconciliation. C’est une position qui semble raisonnable en soi. Les législateurs font les lois. Les tribunaux les interprètent. C’est l’architecture de base de la démocratie.
Mais Phillips et d’autres leaders des Premières Nations voient les choses autrement. Ils soutiennent que les modifications sapent les principes mêmes sur lesquels la DRIPA a été bâtie. La Presse Canadienne a obtenu une ébauche des changements proposés. Phillips est lié par une entente de non-divulgation et ne peut pas discuter des détails. Ce silence en soi raconte une histoire. Quand les gens ne peuvent pas parler des détails d’une politique, ça veut généralement dire que ces détails sont sensibles.
Ce que Phillips peut dire est frappant. Les Premières Nations évaluent leurs options. Les poursuites judiciaires sont sur la table. Les manifestations de rue aussi. Ce sont pas des menaces en l’air. Les communautés autochtones en C.-B. ont une longue histoire de mobilisation quand elles sentent que leurs droits sont en jeu.
Phillips a aussi souligné quelque chose de plus symbolique mais tout aussi puissant. Il a mentionné les députés autochtones à l’Assemblée législative qui font face à leur propre « moment Elijah Harper ». Cette référence a du poids. Harper était le politicien autochtone au Manitoba qui a voté contre l’Accord du lac Meech en 1990. Son vote a contribué à tuer un ensemble de modifications constitutionnelles. C’était un acte de courage politique marquant. Harper s’est tenu seul et a changé l’histoire.
La comparaison est délibérée. Phillips signale que les législateurs autochtones pourraient bientôt faire face à un choix similaire. Appuyer des modifications que leurs communautés rejettent, ou tenir bon et risquer des retombées politiques. C’est le genre de pression qui peut fracturer des coalitions et tester les loyautés.
Les leaders des Premières Nations disent qu’ils veulent pas déclencher une élection. Ça vaut la peine de le noter. Ça montre un certain pragmatisme. Ils cherchent pas à faire sauter le gouvernement. Mais ils sont aussi clairs. L’avenir de la DRIPA n’est pas négociable. Phillips l’a qualifié de « moment déterminant » dans l’histoire de la C.-B. Il espère qu’Eby va reculer.
Le premier ministre n’a pas encore bougé. Son bureau insiste pour dire que les changements sont nécessaires. L’argument est que la DRIPA, telle qu’écrite actuellement, donne trop de pouvoir aux tribunaux. L’équipe d’Eby veut que les élus aient plus de contrôle sur le déroulement de la réconciliation. Ils disent que c’est une question de responsabilité. Les électeurs peuvent remplacer les députés. Ils peuvent pas remplacer les juges.
Il y a une logique à cette position. La responsabilité démocratique compte. Mais les leaders des Premières Nations répliquent que la réconciliation est pas juste un dossier politique. C’est un engagement juridique et moral enraciné dans des droits qui précèdent la Confédération. Donner plus de pouvoir aux législateurs, argumentent-ils, risque de transformer ces droits en monnaie d’échange politique.
La tension ici est structurelle. La DRIPA a été conçue pour limiter la discrétion gouvernementale. Elle a établi des normes. Elle a créé des obligations. Le but entier était de dépasser l’ancien système où les droits autochtones étaient soumis aux caprices politiques. Maintenant, certains craignent que ces caprices reviennent en douce.
Le langage de Phillips — coup de massue, éviscérer, retour en arrière — reflète une inquiétude profonde. Ce sont pas les mots de quelqu’un qui s’inquiète de petits ajustements. Ce sont les mots de quelqu’un qui voit un changement fondamental être défait.
C’est toujours pas clair quand les députés verront réellement les modifications. C’est une autre source de frustration. Des changements politiques affectant les droits autochtones sont développés à huis clos. Les ententes de non-divulgation signifient que même ceux qui ont vu l’ébauche peuvent pas partager les détails publiquement. La transparence, du moins pour l’instant, est limitée.
La rencontre de jeudi entre Eby et les leaders des Premières Nations sera cruciale. C’est une chance de dialogue. Mais c’est aussi un point d’éclatement potentiel. Si le premier ministre change pas de cap, la situation pourrait dégénérer rapidement. Les poursuites prennent du temps. Les manifestations de rue, non.
Il y a aussi la question de comment les députés autochtones vont réagir. Vont-ils suivre l’exemple de Harper et voter contre leur propre gouvernement ? Ce serait extraordinaire. Ça mettrait aussi une pression immense sur la capacité d’Eby à gouverner. La majorité du NPD est pas énorme. Perdre des membres autochtones du caucus sur un vote clé pourrait créer de vrais problèmes.
Phillips a laissé la porte ouverte. Il espère un dénouement différent. Il veut qu’Eby reconsidère sa position. Cet espoir, cependant, est jumelé avec de la préparation. Les Premières Nations sont prêtes à se battre si elles le doivent.
Les enjeux sont élevés. La DRIPA était censée être un nouveau chapitre. Si elle est réécrite malgré les objections autochtones, ce chapitre se ferme avant même d’avoir vraiment commencé. Et la confiance nécessaire pour en ouvrir un autre pourrait prendre des décennies à rebâtir.