Le Comité international olympique a dévoilé la semaine dernière une nouvelle règle d’admissibilité qui a déclenché un débat renouvelé. Les athlètes qui participent aux épreuves féminines feront désormais l’objet d’un dépistage du gène SRY, un marqueur lié à la détermination du sexe masculin. Cette décision vise à clarifier qui peut être considéré comme femme, mais elle ouvre tout un casse-tête de questions scientifiques et éthiques qui ne se résoudront pas facilement.
Il ne s’agit pas seulement d’équité en compétition. Il s’agit de la façon dont on définit le sexe biologique, des avantages qui existent réellement, et de savoir si le sport peut un jour offrir des conditions vraiment équitables pour tous. Cette conversation touche les athlètes, les familles et les communautés qui se débattent avec les questions d’inclusion et d’équité dans la vie publique.
La détermination du sexe implique bien plus qu’un simple test génétique. Chez l’humain, le gène SRY se trouve sur le chromosome Y et déclenche le développement des testicules chez les embryons. Ces testicules produisent des androgènes comme la testostérone, qui favorisent les caractéristiques physiques masculines. Les hommes portent généralement un chromosome X et un chromosome Y, tandis que les femmes ont deux chromosomes X. C’est la version qu’on trouve dans les manuels, mais la biologie suit rarement les manuels à la lettre.
Au fil des ans, les tests de sexe dans le sport sont passés d’examens physiques à l’analyse chromosomique. Les premières méthodes étaient lentes et diagnostiquaient parfois à tort des athlètes avec des variations chromosomiques. Le nouveau test SRY détecte le gène directement, ce qui semble simple jusqu’à ce qu’on examine les exceptions. Le gène SRY active des dizaines d’autres gènes qui favorisent soit le développement des testicules, soit le blocage de la formation des ovaires. Des variations dans n’importe lequel de ces gènes peuvent produire des résultats surprenants.
Certaines femmes portent un gène SRY inactif qui ne déclenche jamais le développement testiculaire. D’autres ont un gène SRY fonctionnel et des testicules qui produisent des androgènes, mais leur corps ne peut pas répondre aux hormones mâles en raison de problèmes de récepteurs. Le test SRY identifierait ces femmes comme biologiquement masculines et les exclurait de la compétition. Entre-temps, certains hommes portent deux chromosomes X sans SRY, mais d’autres variantes génétiques compensent son absence. Selon le test actuel, ils seraient admissibles aux épreuves féminines. Le scientifique qui a codécouvert le gène SRY a averti que cette approche diagnostique à tort les athlètes ayant des variations dans les gènes et chromosomes sexuels.
Le Comité international olympique devra tenir compte de ces variations si le test doit fonctionner équitablement. La génétique ne fournit pas des catégories nettes, et les politiques doivent s’ajuster.
Les études physiologiques menées au fil des décennies confirment que les hommes ont, en moyenne, des cœurs plus gros, une fonction pulmonaire plus efficace et une masse musculaire plus importante que les femmes. Ces caractéristiques existent sur un spectre avec beaucoup de chevauchement. Les femmes grandes et les hommes petits sont assez courants. Mais statistiquement, les hommes ont tendance à être plus grands et plus forts.
Des recherches récentes suggèrent que ces différences sont plus profondes qu’on ne le pensait. Une étude de 2017 a révélé que près d’un tiers de nos quelque 20 000 gènes se comportent différemment chez les hommes et les femmes. Ces différences apparaissent non seulement dans les organes reproducteurs, mais aussi dans le cœur, les poumons, le cerveau et les tissus musculaires. Les mêmes schémas apparaissent chez les singes et émergent avant la naissance. Dans trois types de cellules musculaires seulement, 2 100 gènes fonctionnent différemment entre les sexes.
Les androgènes ont traditionnellement été crédités de ces différences, surtout pendant le développement embryonnaire, l’enfance et la puberté. Mais des expériences avec des souris ayant des chromosomes sexuels génétiquement modifiés ont révélé que certains aspects de la physiologie, comme le métabolisme des graisses et de l’énergie, sont liés au nombre de chromosomes X plutôt qu’au SRY ou aux hormones. Le chromosome Y procure également des avantages continus pour la santé, évidents lorsque les hommes vieillissants le perdent dans certaines cellules.
Les différences sexuelles dans la fonction des tissus sont plus profondes que ce que les hormones seules peuvent expliquer. Ça complique toute discussion sur les athlètes transgenres.
Les preuves ici sont moins claires et souvent contradictoires. La transition de masculin à féminin implique une hormonothérapie de remplacement, qui supprime les androgènes et introduit des œstrogènes. Ce processus change le corps de façon significative. Les femmes trans développent des seins, gagnent de la graisse corporelle et perdent de la masse musculaire. Le tissu testiculaire s’atrophie.
Les filles trans peuvent également prendre des bloqueurs de puberté avant que la puberté masculine ne commence. Ces médicaments empêchent la poussée d’androgènes qui cause des changements physiques irréversibles. La question de savoir si les athlètes femmes trans ont un avantage physique sur les femmes cisgenres dépend de la compréhension des changements irréversibles survenus avant et pendant la puberté, plus toute différence non hormonale qui pourrait affecter la performance.
Les études montrent des résultats mitigés selon quand et comment quelqu’un a fait sa transition. Certaines recherches indiquent que les femmes trans conservent des membres plus longs, une poigne plus forte et une masse musculaire plus importante en moyenne. Mais après deux ans d’hormonothérapie, les fonctions cardiaques et respiratoires s’alignent avec celles des femmes cisgenres. On manque de données sur l’activité génétique chez les athlètes femmes trans, donc des questions clés restent sans réponse. Est-ce que les 2 100 gènes dans les cellules musculaires passent à un schéma d’activité féminin? Est-ce que les gènes sur le chromosome Y protègent la fonction cardiaque et rénale? Est-ce que l’absence d’un deuxième chromosome X améliore le métabolisme des graisses et de l’énergie?
Davantage de recherches confirmeraient probablement que les femmes trans qui ont vécu la puberté masculine conservent certains avantages en termes de taille et de fonction des organes que l’hormonothérapie n’inverse pas. Même si la transition s’est produite avant la puberté, les effets non hormonaux du développement précoce créent probablement des différences subtiles de performance. Ces différences peuvent être petites, mais dans le sport d’élite, où les médailles se gagnent à des centièmes de seconde, les athlètes femmes cisgenres soutiennent qu’elles comptent.
L’interdiction des athlètes transgenres bute sur la variabilité humaine. Les athlètes cisgenres montrent déjà une grande variation physique dans les traits mêmes qui leur permettent d’exceller. Les niveaux d’androgènes varient considérablement chez les femmes cisgenres, ce qui pousse certains à réclamer l’interdiction des femmes hyperandrogénisées ou des plafonds hormonaux obligatoires. Interdit-on aussi les femmes exceptionnellement grandes au basketball? Où est-ce que la réglementation cesse d’avoir du sens?
La participation au sport compte pour la santé et le lien social. Pour certaines femmes trans, c’est transformateur dans le meilleur sens du terme. Ça rend crucial de discuter d’alternatives. Les compétitions ouvertes parallèlement aux Olympiques ou des catégories basées sur d’autres critères que le sexe méritent une considération sérieuse.
Peut-être qu’on doit accepter que le sport n’offre jamais vraiment des conditions équitables pour tous. Les athlètes d’élite sont des cas exceptionnels dans de nombreux traits physiques et physiologiques. Ils possèdent des combinaisons rares de taille, de capacité pulmonaire, de composition des fibres musculaires et d’efficacité cardiovasculaire que la plupart des gens n’approcheront jamais. Est-ce équitable pour le reste d’entre nous? Probablement pas, mais on le célèbre quand même.
La nouvelle règle du Comité international olympique reflète une préoccupation réelle pour l’équité, mais elle expose aussi à quel point nos outils sont imparfaits pour naviguer dans une biologie complexe. La génétique ne se divise pas proprement en deux cases, et les vies des athlètes qui s’entraînent pendant des années pour compétitionner non plus. Ce débat va continuer parce que les questions sont difficiles et les enjeux sont élevés pour tous ceux qui sont impliqués.