Les passagers qui embarquent sur les traversiers de BC Ferries cette semaine font face à une nouvelle ponction financière. Les tarifs ont augmenté en moyenne de 3,2 % depuis mercredi. Ça représente 5 $ de plus pour une auto avec chauffeur entre Tsawwassen et Swartz Bay. Le nouveau tarif standard avec réservation s’élève maintenant à 110 $ par trajet.
April Joe, une passagère qui attendait au terminal, a bien résumé l’ambiance. « L’essence, les traversiers, la bouffe… ça met vraiment du monde dans le trouble », a-t-elle confié aux journalistes.
Le timing tombe mal pour bien des gens. BC Ferries vient tout juste de sortir d’une série d’interruptions de service pendant la longue fin de semaine de Pâques. Pis là, v’là l’augmentation. Le PDG Nicolas Jimenez dit que ces hausses ont été décidées il y a des années. C’est nécessaire pour couvrir les coûts d’exploitation, a-t-il expliqué à Global News lundi.
Mais cette hausse de tarifs arrive en plein questionnement sur la gestion de la société d’État. Le syndicat BC Ferry and Marine Workers’ Union s’inquiète du nombre de cadres. Eric McNeely, le président du syndicat, est direct. « La direction est plus grosse que jamais, a-t-il dit. Pis le nombre de bateaux a pas vraiment changé. »
Jimenez a touché 530 000 $ en rémunération totale pendant l’exercice 2025. Ce montant inclut un avantage de 15 000 $ pour un condo à Victoria, où BC Ferries a son siège social. Il habite à North Vancouver et fait la navette chaque semaine. « Je suis loin de ma famille du lundi au jeudi, dit Jimenez. Je trouve important d’être à Victoria, où se trouve notre bureau principal, mais c’est aussi important pour moi d’être dans le système. »
McNeely voit un décalage. « T’as quelqu’un qui travaille dans les terminaux qui a pas de shifts à temps plein, qui va peut-être à la banque alimentaire, dit-il. Pis le PDG fait plus qu’un demi-million par année, incluant un avantage imposable pour le logement. C’est dur à avaler. »
La structure de gouvernance elle-même soulève des questions. BC Ferries fonctionne selon un modèle que les libéraux de la C.-B. ont mis en place en 2003. Ça comprend quatre niveaux de bureaucratie et deux conseils d’administration distincts. Ensemble, ces conseils comptent 19 administrateurs. Eux et leur famille immédiate voyagent gratis. La nouvelle hausse de tarifs les touche pas.
Pendant ce temps, Jimenez et le ministre des Transports Mike Farnworth font pression sur Ottawa pour avoir de l’aide. Ils veulent que le fédéral subventionne BC Ferries au même taux que les services de traversiers dans l’Est. Actuellement, la Colombie-Britannique reçoit environ trois pour cent d’appui fédéral.
En juillet dernier, le premier ministre Mark Carney a annoncé une réduction de 50 % des tarifs pour les services de traversiers de l’Est du Canada. Cette mesure profite à l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et le Québec. Marine Atlantic, le service constitutionnellement obligatoire qui relie Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse, a aussi eu droit au rabais.
Le premier ministre David Eby a parlé d’« injustice structurelle » à l’époque. La disparité fait encore mal. BC Ferries transporte du monde et des marchandises à travers des eaux côtières qui définissent la vie dans cette province. Pourtant, le soutien fédéral tire de la patte loin derrière ce que reçoivent les routes de l’Est.
Jimenez dit qu’une révision des perturbations du long week-end de Pâques est en cours. Les passagers ont subi des retards et des annulations pendant l’une des périodes de voyage les plus achalandées de l’année. Le syndicat croit que la lourdeur de la direction a joué un rôle. Quand les niveaux de gestion se multiplient mais que la flotte reste pareille, les ressources s’étirent.
La structure tarifaire elle-même reflète des décisions prises il y a vingt ans. Le modèle de 2003 visait à donner à BC Ferries une orientation plus commerciale. Ça a créé une distance entre le gouvernement et les opérations quotidiennes. Mais ça a aussi ajouté de la complexité bureaucratique. Deux conseils d’administration et plusieurs mécanismes de surveillance, ça coûte cher.
Les employés des terminaux, eux, ont de la misère à avoir des heures à temps plein. Certains se tournent vers les banques alimentaires entre leurs shifts. L’écart salarial entre le personnel de première ligne et la rémunération des cadres continue de s’élargir. Les membres du syndicat le voient tous les jours. Ils embarquent sur les mêmes bateaux que le PDG prend chaque semaine. Mais leurs chèques de paie racontent une autre histoire.
Les passagers absorbent les coûts de toute façon. Les familles qui planifient des voyages d’été doivent maintenant calculer des tarifs plus élevés. Les petites entreprises qui transportent des marchandises à travers le détroit de Georgia ajustent leurs budgets. Les aînés avec un revenu fixe recalculent leurs plans de voyage. L’augmentation moyenne de 3,2 % peut sembler modeste sur papier. Mais ça s’ajoute aux coûts croissants de l’essence, de l’épicerie et du logement.
La question de l’équité fédérale disparaîtra pas de sitôt. BC Ferries, c’est pas juste un service de transport. C’est une bouée de sauvetage pour les communautés côtières. Les îles dépendent d’un accès fiable et abordable au continent. Les opérateurs touristiques ont besoin de tarifs prévisibles pour attirer des visiteurs. Des travailleurs traversent l’eau pour se rendre à des jobs qu’ils peuvent pas trouver chez eux.
La décision de Carney de couper les tarifs des traversiers de l’Est met en lumière un choix politique. Ottawa a jugé que ces routes méritaient des subventions majeures. Le réseau côtier de la Colombie-Britannique a pas fait la coupe. Eby et Farnworth disent que les chiffres ont pas d’allure. Si les traversiers comptent dans les Maritimes, ils comptent ici aussi.
Jimenez défend son package de rémunération comme étant standard pour un PDG qui gère une grosse opération. Il souligne la complexité de gérer une flotte qui dessert des dizaines de routes. La navette hebdomadaire, dit-il, le garde connecté au système. Prendre les traversiers lui-même lui donne un aperçu de l’expérience des passagers.
McNeely réplique que le leadership devrait vouloir dire partager les sacrifices. Quand les tarifs montent et que les travailleurs sautent des repas, les avantages des cadres sonnent faux. Un salaire d’un demi-million de dollars plus les avantages de logement envoie un message. Tout comme les voyages gratuits pour les membres du conseil et leurs familles.
Le modèle de gouvernance de 2003 promettait efficacité et responsabilité. Les critiques se demandent maintenant s’il a livré de la bureaucratie à la place. Quatre niveaux de surveillance, ça veut dire plus de réunions, plus de rapports, plus de salaires. Si cette structure améliore le service ou fait gonfler les coûts, ça dépend à qui on le demande.
Les passagers qui descendent du traversier cette semaine ont des sentiments partagés. Le soulagement que les perturbations de Pâques soient passées. La frustration que les coûts continuent de grimper. L’incertitude à savoir si la direction comprend vraiment la réalité quotidienne des pressions financières. L’augmentation des tarifs a été fixée il y a des années. Mais le timing compte. La confiance aussi.