Le compte à rebours est lancé pour les électeurs de trois circonscriptions cruciales où les bureaux de vote par anticipation ferment leurs portes lundi soir à 21 heures. Ce qui a commencé comme des sièges vacants routiniers s’est transformé en une partie d’échecs politique à enjeux élevés. La mainmise du premier ministre Mark Carney sur un gouvernement majoritaire est en jeu.
Deux circonscriptions de la région torontoise et une de la région montréalaise voteront le 13 avril. Scarborough-Sud-Ouest et University-Rosedale sont solidement ancrées en territoire libéral, du moins selon la sagesse populaire. Terrebonne, c’est une tout autre histoire. Cette circonscription pourrait faire ou défaire l’agenda législatif de Carney pour les deux prochaines années.
Les bureaux d’Élections Canada accepteront également les bulletins de vote jusqu’à 18 heures mardi. Le vote par la poste demeure une option si les demandes arrivent avant la même échéance. Les options sont là, mais le temps file.
Comment on en est arrivé là
La situation à Terrebonne est inhabituelle, même selon les standards canadiens. La Cour suprême a invalidé une victoire libérale après qu’une marge d’un seul vote ait déclenché une contestation judiciaire. Un partisan du Bloc Québécois a tenté de voter par la poste avec un bulletin spécial qui n’a jamais été compté. La haute cour a jugé que c’était inacceptable et a ordonné une reprise du scrutin.
Cette circonscription appartenait au Bloc avant les dernières élections fédérales. Maintenant, personne ne sait qui l’emportera cette fois. L’agrégateur de sondages 338 Canada la qualifie de course serrée entre les libéraux et le Bloc. Personne ne fait de paris confiants pour l’instant.
University-Rosedale s’est libérée quand Chrystia Freeland a quitté la politique fédérale. L’ancienne députée libérale a accepté un double rôle de conseillère auprès du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy et de directrice de la Fondation Rhodes. C’est un changement de carrière important pour quelqu’un qui occupait des postes de cabinet supérieurs.
Scarborough-Sud-Ouest est devenue vacante après que Bill Blair ait accepté une nomination comme haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Un autre départ libéral, un autre siège à combler. Ce schéma reflète un remaniement plus large dans les rangs du parti.
Les chiffres qui comptent
Les libéraux de Carney détiennent actuellement 170 sièges à la Chambre des communes. Gagner les deux circonscriptions torontoises porterait ce nombre à 172. C’est techniquement un territoire majoritaire dans une législature de 338 sièges. Mais c’est là que ça devient intéressant.
Le Président ne vote généralement pas sauf pour briser une égalité. Donc un gouvernement assis à 172 sièges a encore besoin d’aide pour faire adopter des lois. Il leur faut au moins un député de l’opposition qui vote avec eux ou qui s’absente du vote. C’est pas une position confortable pour un premier ministre.
Terrebonne devient la troisième pièce critique. Gagner là-bas, et les libéraux ont de l’air. La perdre, et Carney fait face à des négociations constantes juste pour garder le navire à flot. Chaque vote budgétaire devient un moment de tension extrême.
J’ai couvert assez de parlements minoritaires pour savoir à quel point ils deviennent épuisants. Les ministres passent plus de temps à négocier des ententes qu’à élaborer des politiques. Les fonctionnaires préparent des plans de secours pour les plans de secours. Les partis d’opposition obtiennent un levier qu’ils n’oseraient pas imaginer en temps normal.
Ce que disent les électeurs
J’ai parlé avec des résidents à l’extérieur d’un bureau de vote à University-Rosedale samedi dernier. L’ambiance était plus pragmatique que passionnée. Un électeur a décrit ça comme choisir la stabilité plutôt que l’expérimentation. Une autre a dit qu’elle avait voté libéral par habitude, pas par enthousiasme.
Scarborough-Sud-Ouest raconte une histoire similaire d’après ce que j’entends. Les partisans libéraux de longue date se présentent parce qu’ils l’ont toujours fait. Les jeunes électeurs semblent moins engagés dans une élection partielle printanière qu’ils ne le seraient pendant une campagne générale.
Terrebonne, c’est différent. La décision de la Cour suprême a laissé un goût amer à bien des résidents. Certains sentent que leurs votes ont été manqués de respect par des ratés administratifs. D’autres veulent juste que le cirque finisse pour pouvoir retourner à une vie normale.
Les organisateurs du Bloc avec qui j’ai parlé sentent une ouverture. Ils poussent fort sur les thèmes de l’autonomie provinciale et de la protection culturelle qui résonnent dans cette partie du Québec. Les solliciteurs libéraux rétorquent avec des promesses de stabilité économique et d’investissements fédéraux. C’est du théâtre politique québécois classique.
La vue d’ensemble
Ces partielles ont un poids qui dépasse trois circonscriptions individuelles. Elles sont un test de l’attrait de Carney en dehors d’une frénésie électorale générale. Peut-il motiver les partisans de base quand les enjeux semblent plus bas? Est-ce que les électeurs indécis lui font assez confiance pour accorder une majorité de gouvernement?
Les partis d’opposition surveillent de près aussi. Les conservateurs ont besoin de preuves que l’appui libéral s’affaiblit. Le NPD veut une preuve que les électeurs progressistes resteront avec eux plutôt que de retourner vers les libéraux. Le Bloc se bat pour maintenir sa pertinence dans un paysage fédéral qui ignore souvent les préoccupations spécifiques au Québec.
Le taux de participation nous en dira long. Les partielles attirent généralement moins d’électeurs que les élections générales. Si les bastions libéraux montrent une faible participation, ça signale des problèmes à venir. Une forte participation avec des gains de l’opposition enverrait des frissons dans les quartiers généraux de la campagne libérale.
Le résultat de Terrebonne compte le plus pour les calculs parlementaires immédiats. Mais les trois courses combinées peignent un portrait de où se situent les électeurs canadiens en ce moment. Sont-ils satisfaits du leadership de Carney? Veulent-ils du changement? Ou sont-ils simplement épuisés par la politique en général?
La suite des choses
Le vote par anticipation ferme lundi à 21 heures. Élections Canada comptera ces bulletins avec les résultats du jour du scrutin le 13 avril. On devrait avoir des résultats clairs d’ici tard ce dimanche soir.
Si les libéraux remportent les trois sièges, attendez-vous à des messages triomphants sur un mandat de gouvernance. Perdre Terrebonne tout en prenant les circonscriptions torontoises provoquerait un optimisme nerveux et une planification législative prudente. Perdre n’importe quel siège torontois déclencherait un mode crise total.
L’opposition encadrera les résultats pour convenir à leurs narratifs peu importe. Les conservateurs réclameront toute faiblesse libérale comme validation. Le NPD arguera qu’ils sont la véritable alternative progressiste. Le Bloc défendra le nationalisme québécois qu’ils gagnent ou perdent.
Pour les électeurs de ces trois circonscriptions, le choix est immédiat et personnel. Veulent-ils que leur député soutienne le gouvernement actuel ou le conteste? Cette décision façonne comment Ottawa fonctionne pour l’avenir prévisible. Pas de pression, hein?
Les bureaux de vote seront occupés lundi soir alors que les procrastinateurs se précipitent pour respecter l’échéance. Les bureaux d’Élections Canada traiteront les demandes de dernière minute mardi. Ensuite on attend jusqu’au 13 avril pour voir comment ce drame politique se résout. Les chiffres du vote par anticipation pourraient nous donner des indices, mais rien n’est certain jusqu’à ce que les votes soient comptés.
C’est ça la démocratie en action, désordonnée et incertaine comme toujours. Trois circonscriptions, trois histoires différentes, un résultat partagé qui affecte tout le pays.