Un rapport publié jeudi par l’Institut C.D. Howe expose la réalité financière derrière la promesse d’Ottawa d’augmenter les dépenses de défense à cinq pour cent du PIB d’ici 2035. Les chiffres donnent le vertige. Les budgets militaires annuels tripleraient presque, passant d’un peu plus de 50 milliards de dollars en 2025-26 à près de 150 milliards dans une décennie.
C’est à peu près l’équivalent de ce que le gouvernement fédéral transfère aux provinces chaque année pour les soins de santé, les programmes sociaux et les infrastructures combinés.
Les auteurs Colin Busby et Nicholas Dahir préviennent que sans changements politiques importants, respecter cet engagement nécessitera des choix budgétaires difficiles. Parmi les options? Une hausse de un à deux points de la TPS, une croissance plus lente des programmes non liés à la défense, ou l’endettement accru.
« Une combinaison d’augmentations d’impôts, de compressions budgétaires ou d’endettement supplémentaire est nécessaire », ont-ils écrit.
Une hausse de deux points de la TPS à elle seule générerait environ 25 milliards de dollars de nouvelles recettes pour 2025-26. Mais ça veut aussi dire une ponction plus importante dans les budgets des ménages, surtout pour ceux qui sont déjà serrés par le coût de la vie.
Le rapport arrive quelques jours seulement après que l’OTAN ait confirmé que le Canada avait finalement atteint l’objectif de dépenses de défense de l’alliance fixé à deux pour cent du PIB. C’est un jalon que le pays a raté pendant des années. Sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau, le Canada consacrait 1,5 pour cent de son PIB à la défense en 2024, se classant parmi les 11 membres de l’OTAN qui ne respectaient pas la cible.
Maintenant, la barre a été relevée. Et la pression budgétaire s’intensifie.
Le Canada n’est pas dans une position idéale pour absorber ce genre de poussée de dépenses. La croissance de la productivité stagne. La population vieillit. La dette fédérale demeure élevée. La croissance économique a été anémique. Tout ça laisse peu de marge de manœuvre.
Les auteurs soutiennent que sans changements, l’augmentation des dépenses militaires fera grimper les déficits fédéraux encore plus haut. Ça signifie plus d’emprunts, plus de paiements d’intérêts et un fardeau de la dette plus lourd transmis aux générations futures.
Ils suggèrent qu’une approche mixte pourrait être le chemin le plus réaliste. Une hausse modeste de la TPS combinée à un contrôle plus serré de la croissance des dépenses hors défense pourrait aider Ottawa à respecter ses engagements envers l’OTAN sans plonger dans une dette insoutenable.
« Une approche mixte qui combine une hausse modeste de la TPS avec une croissance plus lente des dépenses non liées à la défense offre une voie pratique pour respecter les engagements envers l’OTAN tout en maintenant la viabilité budgétaire », ont écrit les auteurs.
Mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement, une croissance plus lente des dépenses hors défense? Ça pourrait toucher tout, des services publics aux projets d’infrastructure en passant par les programmes sociaux. Les ministères déjà étirés au maximum pourraient faire face à des budgets encore plus serrés. Les programmes dont les Canadiens dépendent pourraient voir leur croissance de financement plafonnée ou réduite.
Il y a un large consensus politique sur le fait que le Canada doit renforcer ses forces armées. Le monde est devenu plus instable. Les menaces évoluent. Nos alliés nous regardent. Mais s’entendre sur le besoin est plus facile que de s’entendre sur comment payer pour ça.
Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont reporté les décisions budgétaires difficiles. La facture, semble-t-il, est maintenant arrivée.
Augmenter la TPS est politiquement toxique. C’est un impôt régressif qui frappe plus durement les ménages à faible revenu. Couper ou geler les dépenses dans d’autres secteurs risque de provoquer une levée de boucliers des communautés et secteurs qui dépendent du soutien fédéral. Emprunter davantage s’ajoute au fardeau de la dette et soulève des questions sur la responsabilité budgétaire.
Pourtant, le rapport indique clairement que ne rien faire n’est pas une option. Atteindre la cible de cinq pour cent sans changements politiques créerait un trou béant dans le budget fédéral. Les déficits se creuseraient. Les ratios dette-PIB grimperaient. Et les futurs gouvernements hériteraient d’une situation budgétaire encore plus difficile.
L’Institut C.D. Howe est un groupe de réflexion économique non partisan. Ses recherches sont largement respectées dans tout le spectre politique. Quand il signale des risques budgétaires, les politiciens et les économistes ont tendance à y prêter attention.
Ce rapport est un signal d’alarme. Il force une conversation que beaucoup à Ottawa ont hésité à avoir. Combien le Canada est-il prêt à payer pour respecter ses engagements en matière de défense? Et qui va en supporter le coût?
Les contribuables surveilleront de près. Les provinces aussi, qui dépendent des transferts fédéraux pour financer les soins de santé et autres services. Tout comme les groupes de défense préoccupés par les compressions aux programmes sociaux. Et aussi nos alliés de l’OTAN, qui critiquent depuis longtemps le Canada pour ses dépenses insuffisantes en matière de défense.
Le débat sur comment financer cette montée en force militaire ne fait que commencer. Mais une chose est claire. Les choix qui nous attendent façonneront le paysage budgétaire du Canada pour les années à venir. Et ils ne seront pas faciles.