Le grondement a résonné sur la côte floridienne juste après midi mercredi. Pour Jeremy Hansen, une carrière de 38 ans bâtie sur la précision, le service et un rêve d’enfance inébranlable atteignait son moment décisif. L’astronaute canadien a décollé du Centre spatial Kennedy à bord d’Artemis II, devenant le premier non-Américain à voyager au-delà de l’orbite terrestre basse.
Les derniers mots de Hansen avant le décollage étaient lourds de sens. « On y va pour toute l’humanité », a-t-il dit. Ces sept mots résumaient ce que cette mission représente — pas seulement pour le Canada, mais pour un effort mondial visant à ramener des humains sur la Lune après plus d’un demi-siècle d’absence.
Le gars de London en Ontario, âgé de 50 ans, agit comme spécialiste de mission aux côtés des astronautes vétérans de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch. Leur tour de Lune de 10 jours les amènera plus loin de la Terre qu’aucun humain n’a voyagé depuis l’époque Apollo. Ils verront la face cachée de la Lune de leurs propres yeux, une vue qu’aucune personne vivante n’a jamais contemplée.
Des rassemblements ont éclaté partout au pays alors que la fusée grimpait. De Vancouver à Halifax, les gens se sont réunis pour voir l’un des nôtres faire l’histoire. Le moment était personnel pour bien des Canadiens qui suivent le parcours de Hansen depuis que l’Agence spatiale canadienne l’a sélectionné en 2009.
Le chemin jusqu’ici n’a pas été facile. Le lancement, prévu initialement pour février, a subi des retards liés à des problèmes avec le système d’autodestruction. Les ingénieurs ont réglé des enjeux techniques dans les heures précédant le décollage. Mais quand la fenêtre s’est ouverte mercredi après-midi, le vaisseau était prêt.
Hansen a fait ses adieux à sa famille durant ces dernières heures. Les caméras ont capté le moment où il se tenait derrière une barrière dans sa combinaison orange vif, a regardé sa femme Catherine et leurs enfants, et a dit : « Je vous aime. » Il a levé le pouce. Catherine a serré les enfants dans ses bras. Puis Hansen et ses coéquipiers ont embarqué dans le véhicule qui les a menés à la capsule.
Catherine Hansen s’est adressée aux journalistes la veille du lancement. Elle a décrit le poids émotionnel de regarder son mari poursuivre quelque chose d’aussi énorme. « Il y aura de l’excitation, il y aura de l’euphorie, il y aura de la terreur et de la peur », a-t-elle dit. Elle voulait que la famille soit présente pour chaque instant, quoi qu’il apporte.
Les Hansen sont mariés depuis 23 ans. Ils se sont rencontrés à Moose Jaw, en Saskatchewan, quand Catherine est allée voir son frère recevoir ses ailes de pilote de l’Aviation. Jeremy lui a dit ce premier jour qu’il prévoyait devenir astronaute. Elle a trouvé ça fou au début. Mais elle a vite réalisé qu’il était sérieux.
« Et on allait tout faire pour que ça arrive », a-t-elle dit avec un sourire.
Catherine est obstétricienne-gynécologue accomplie. Le couple a regardé leur vie ensemble et a trouvé comment tous les deux pouvaient atteindre leurs objectifs professionnels. « Je ne peux pas vraiment expliquer aux gens à quel point c’est important de simplement s’élever mutuellement, et c’est exactement ce qu’on a fait », a-t-elle dit.
Jeremy Hansen était pilote de chasse quand l’agence spatiale l’a recruté. Il a passé 30 ans dans le service militaire. La lieutenante-générale Jamie Speiser-Blanchet, commandante de l’Aviation royale canadienne, a dit mardi qu’elle ne pouvait pas être plus fière. « C’est vraiment un plaisir de voir son travail acharné porter fruit de cette façon. »
Pour la famille Hansen, cette mission représente 16 ans de préparation. Catherine a dit qu’ils n’auraient pas pu y arriver sans la famille élargie, les amis, l’armée, l’agence spatiale et les appuis gouvernementaux. La réussite appartient à plus qu’une seule personne.
Le roi Charles a envoyé ses « meilleurs vœux sincères » à Hansen et à l’équipage pour leur « entreprise monumentale ». Sa déclaration faisait référence à l’Astra Carta, un cadre pour l’exploration spatiale durable. « Que les étoiles s’alignent en votre faveur, et que votre retour sain et sauf inspire d’innombrables autres », disait le message.
Hansen apporte quelque chose de personnel dans ce voyage. Il a commandé un écusson de mission à l’artiste anishinaabe Henry Guimond. La forme de l’écusson et l’imagerie animale font référence aux Sept Lois sacrées des enseignements des Premières Nations, qui ont été partagés avec Hansen avant son vol.
Un drapeau canadien trône au sommet de l’écusson. Hansen voulait reconnaître tous ceux à travers le pays qui ont rendu cela possible. C’est une façon d’amener le Canada symboliquement. D’autres symboles sur l’écusson soulignent son service dans l’Aviation, l’humanité dans son ensemble, et sa famille.
Catherine a dit que les jours avant le lancement ont été passés à profiter du temps ensemble. Elle est excitée de regarder son mari représenter le Canada, mais elle a aussi hâte à ce qui vient après. Jeremy veut partager l’expérience avec les gens à son retour. « Il a vraiment à cœur de vouloir que les gens fassent ce voyage avec lui », a-t-elle dit.
Cette mission compte pour le rôle du Canada dans l’exploration spatiale. Le pays est partenaire dans les efforts spatiaux internationaux depuis des décennies, mais ça, c’est différent. La présence de Hansen sur Artemis II reflète les contributions du Canada au programme Artemis, incluant le système robotique Canadarm3 prévu pour la station Gateway lunaire.
Le vol est aussi un tremplin. Artemis II est une mission test, prouvant les systèmes et procédures avant qu’Artemis III tente un alunissage. Si tout va bien, des humains marcheront à nouveau sur la Lune d’ici quelques années. Le Canada fera partie de cette histoire.
Catherine Hansen a décrit regarder son mari vivre son rêve d’enfance comme « rien de moins qu’un miracle ». Mais les miracles, dans ce cas, ont nécessité des décennies de travail, de sacrifices et de soutien d’innombrables personnes. Le grondement de la fusée mercredi était le son de tous ces efforts qui portaient fruit.
Pour Jeremy Hansen, le voyage ne fait que commencer. Dix jours autour de la Lune. Une vue de la Terre à un quart de million de milles. La face cachée de la Lune passant sous le vaisseau. Puis le retour à la maison, où des millions de Canadiens attendront d’entendre ce qu’il a vu.