Les pourparlers commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont discrètement repris après des mois de silence. Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a confirmé lundi que les discussions sur les tarifs sectoriels sont de retour sur les rails, bien qu’il ait choisi ses mots avec soin. Les négociations avaient été suspendues depuis octobre par le président américain Donald Trump à la suite d’une publicité politique qui n’avait pas plu au sud de la frontière.
LeBlanc a déclaré aux journalistes à Ottawa que les conversations ont repris « dans un certain sens ». Il a souligné une rencontre clé le 6 mars à Washington avec le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. C’est là que la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, et l’ambassadeur Mark Wiseman ont rencontré leurs homologues américains pour la première fois depuis leur entrée en fonction le mois dernier.
La reprise des discussions est importante parce que les tarifs sur l’acier, l’aluminium et l’automobile continuent de peser lourd sur les industries canadiennes. Les travailleurs des centres manufacturiers un peu partout en Ontario et au Québec en ressentent les effets depuis des mois. Trump a imposé ces mesures en invoquant des pouvoirs d’urgence, même si la Cour suprême des États-Unis a récemment invalidé des tarifs similaires appliqués sous cette même autorité.
Le langage prudent de LeBlanc suggère que le chemin à parcourir demeure délicat. Il a qualifié les pourparlers actuels de « productifs » et a noté que le simple fait d’être de nouveau en discussion marque un changement par rapport à octobre. C’est à ce moment-là que Trump avait mis fin aux négociations après que l’Ontario ait diffusé une publicité citant Ronald Reagan critiquant les tarifs. Le premier ministre Mark Carney s’était personnellement excusé auprès de Trump, mais le mal était fait et les pourparlers avaient calé.
Avant la suspension, les deux pays discutaient de mesures qui profiteraient à leurs économies. LeBlanc a indiqué que ces conversations se poursuivent, bien qu’il se soit gardé de parler de négociations en bonne et due forme. Le Canada fait maintenant face à une pression pour rattraper le Mexique, qui a déjà entamé des pourparlers officiels avec Washington en vue de la révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique prévue pour juillet.
Le représentant au commerce Greer n’a pas facilité les choses. Il s’est récemment plaint des barrières commerciales canadiennes, ciblant notamment les restrictions provinciales sur les produits alcoolisés américains. Plusieurs provinces refusent d’offrir certains vins et spiritueux américains sur les tablettes de leurs sociétés d’État. Greer a laissé entendre que le Canada est « en retard » comparé au Mexique dans sa préparation pour la révision commerciale de l’été.
LeBlanc a reconnu avoir discuté de la question de l’alcool avec les premiers ministres provinciaux et les leaders territoriaux. Mais il n’a pas voulu dire si les provinces envisagent de lever ces interdictions pour faciliter les relations avec Washington. « Ils peuvent prendre les décisions qu’ils veulent », a-t-il dit. La compétence provinciale sur la vente d’alcool demeure un sujet sensible, et les premiers ministres défendent jalousement cette autorité.
Le ministre a souligné que les gouvernements fédéral et provinciaux travaillent ensemble pour protéger les travailleurs canadiens et l’économie. Cette unité sera importante à mesure que les négociations s’intensifieront. Les différends commerciaux ont tendance à créer des tensions régionales, surtout quand des industries concentrées dans certaines provinces font face à des menaces tarifaires.
Le Canada prévoit entamer des négociations bilatérales distinctes avec les États-Unis « en temps et lieu » avant la révision trilatérale de l’ACEUM plus tard cette année. Cette approche à double volet donne de la flexibilité à Ottawa, mais ajoute aussi de la complexité. Gérer deux séries de pourparlers simultanément mettra à l’épreuve la nouvelle équipe de négociation dirigée par Charette.
Une question qui n’a pas compliqué les choses, c’est la position du Canada sur les actions militaires américaines et israéliennes impliquant l’Iran. LeBlanc a indiqué que les différences en matière de politique étrangère n’ont pas été soulevées dans les discussions commerciales. Il a noté que ni Charette ni Wiseman n’ont rapporté de préoccupations de la part des responsables américains concernant la position du Canada. C’est une bonne nouvelle, étant donné que les questions commerciales et de sécurité peuvent facilement s’emmêler.
Les tarifs sectoriels restent en place pour l’instant malgré la décision de la Cour suprême contre la justification des pouvoirs d’urgence de Trump. Ce développement juridique pourrait donner du levier aux négociateurs canadiens, mais des tarifs imposés sous d’autres autorités pourraient résister aux contestations judiciaires. Les industries canadiennes continuent de fonctionner dans l’incertitude quant aux coûts et à l’accès aux marchés.
Les commentaires de LeBlanc lundi reflétaient l’optimisme prudent de quelqu’un qui a déjà vu des négociations commerciales dérailler. Il a évité de crier victoire tout en signalant des progrès. Ce ton mesuré est logique vu la rapidité avec laquelle les choses se sont effondrées en octobre dernier à cause d’une seule publicité.
La pub ontarienne citait Reagan disant qu’« une des pires choses » qu’un gouvernement pouvait faire était « d’ériger un mur tarifaire ». Trump l’a pris personnellement et a suspendu les pourparlers immédiatement. L’épisode a mis en lumière à quel point la personnalité et la perception peuvent l’emporter sur le fond des politiques dans les différends commerciaux.
Les excuses de Carney ont fini par dégeler les relations, même si Trump a publiquement déclaré que les discussions demeuraient suspendues même après l’appel du premier ministre. Le fait que le personnel technique se rencontre à nouveau suggère un changement d’approche à Washington, même si Trump n’a pas officiellement levé la suspension.
Les négociateurs canadiens font face à un échéancier serré. La révision de l’ACEUM commence en juillet, que les questions de tarifs sectoriels soient résolues ou non. Cet accord exige une révision conjointe six ans après son entrée en vigueur, et les trois pays doivent y participer. L’échec à résoudre les différends bilatéraux au préalable pourrait compliquer la relation commerciale plus large.
La coopération provinciale sera cruciale dans les prochains mois. Ottawa a besoin que les premiers ministres présentent un front uni, mais ne peut pas leur forcer la main sur des questions comme la vente d’alcool. Équilibrer l’autorité commerciale fédérale avec les compétences provinciales a toujours été délicat dans la politique canadienne.
La reprise des pourparlers offre une chance de réduire les tarifs qui nuisent aux exportateurs et travailleurs canadiens. Mais le langage prudent de LeBlanc suggère que des écarts importants demeurent. Les deux parties devront aller au-delà des gestes symboliques et trouver des solutions concrètes qui répondent aux préoccupations américaines sans compromettre les intérêts canadiens.
Pour l’instant, le simple fait que les représentants se parlent à nouveau constitue un progrès. Reste à voir si ces conversations mèneront à de vraies réductions tarifaires. Les industries canadiennes surveilleront la situation de près à l’approche de l’été et du début de la révision officielle de l’ACEUM.