Le gouvernement fédéral veut se débarrasser du système de paie Phénix dans des délais raccourcis. Mais un nouvel avertissement de la vérificatrice générale laisse entendre que cette précipitation pourrait se retourner contre lui. Les employés encore pris dans le bourbier de la paie pourraient ne pas voir d’amélioration de sitôt.
La vérificatrice générale du Canada a publié un rapport qui montre que le gouvernement a fait peu de progrès pour régler l’arriéré massif de problèmes de paie non résolus. Des milliers de fonctionnaires attendent toujours que leurs salaires soient corrigés. Certains attendent depuis des années que leurs dossiers soient réglés.
Le rapport avertit que le lancement d’un système de remplacement alors que les anciennes erreurs de paie demeurent non résolues présente un risque sérieux. Si la nouvelle plateforme entre en service avant que les problèmes existants soient réglés, ces problèmes pourraient se transférer. Ça veut dire que les employés pourraient se retrouver avec des erreurs qui s’accumulent au lieu de repartir à neuf.
Phénix était censé simplifier la paie quand il a été lancé en 2016. Au lieu de ça, c’est devenu l’un des échecs informatiques les plus dommageables de l’histoire du gouvernement canadien. Des employés ont été trop payés, sous-payés, ou carrément pas payés du tout. Certains ont perdu leur maison parce que leurs paiements hypothécaires ont rebondi.
Le système a affecté environ 290 000 employés fédéraux à travers le pays. Des enseignants, des scientifiques, des agents frontaliers et du personnel administratif ont tous subi des perturbations. Beaucoup attendent encore que leurs dossiers soient corrigés.
Des responsables du Conseil du Trésor ont reconnu l’arriéré persistant lors de témoignages devant des comités parlementaires plus tôt cette année. Ils ont décrit la situation comme complexe et exigeante en ressources. Mais les conclusions de la vérificatrice générale suggèrent que l’ampleur des cas non résolus reste substantielle.
Le gouvernement s’est engagé à remplacer Phénix après des années de tollé public. Un nouveau système est en cours de conception avec la contribution des syndicats et des conseillers en paie. L’objectif est d’éviter de répéter les erreurs du passé en bâtissant quelque chose de plus fiable et convivial.
Mais la vérificatrice générale souligne une contradiction troublante. Accélérer le calendrier de remplacement alors que l’arriéré persiste crée des priorités concurrentes. Les ressources nécessaires pour corriger les anciennes erreurs sont aussi nécessaires pour construire et tester le nouveau système.
Les syndicats de la fonction publique ont été très vocaux sur leurs préoccupations. L’Alliance de la Fonction publique du Canada a demandé à plusieurs reprises la résolution complète des problèmes de paie avant la mise en service d’un nouveau système. Les dirigeants syndicaux affirment que la confiance a été érodée et que les employés ont besoin de preuves que le gouvernement peut livrer la marchandise.
Chris Aylward, président national de l’AFPC, a déclaré aux journalistes plus tôt cette année que les membres demeurent sceptiques. Beaucoup de travailleurs ont vécu des problèmes de paie pendant si longtemps que les promesses d’amélioration sonnent creux. Ils veulent des actions, pas des annonces.
Le rapport de la vérificatrice générale ne fournit pas de chiffre exact pour l’arriéré en cours. Cependant, il décrit le volume comme suffisamment substantiel pour poser des risques opérationnels. Chaque cas non résolu représente des heures de travail manuel par des conseillers en paie qui sont déjà à bout de souffle.
Certains des cas les plus compliqués concernent des employés qui ont changé d’emploi, pris un congé ou pris leur retraite pendant que les erreurs de Phénix n’étaient pas résolues. Retrouver les bons documents et recalculer la paie nécessite une coordination entre plusieurs ministères. Des erreurs dans un secteur peuvent avoir des répercussions dans d’autres.
Le gouvernement a embauché des spécialistes de la paie supplémentaires pour aider à réduire l’arriéré. Former le nouveau personnel prend du temps, et le travail lui-même est fastidieux. Même les conseillers expérimentés peuvent prendre des semaines pour résoudre un seul dossier complexe.
Pendant ce temps, l’horloge tourne pour le projet de remplacement. Les responsables ont fixé des dates cibles pour une mise en œuvre progressive. Ces échéances étaient déjà serrées avant que la vérificatrice générale soulève des préoccupations concernant les problèmes de paie persistants.
Des experts en administration publique ont souligné que les gros projets informatiques se déroulent rarement bien quand on les précipite. Le déploiement original de Phénix a été gâché par des tests inadéquats et une formation insuffisante. Répéter ces erreurs serait désastreux.
Jennifer Robson, professeure en gestion politique à l’Université Carleton, a étudié le fiasco de Phénix de façon approfondie. Elle a noté dans des entrevues précédentes que la confiance entre les employés et la direction a été endommagée. Rebâtir cette confiance nécessite de la transparence et de l’imputabilité, pas juste un nouveau logiciel.
Le rapport de la vérificatrice générale met l’accent sur l’importance de la gestion des risques. Il suggère que le gouvernement a besoin d’un plan clair pour gérer les cas non résolus même après le lancement du nouveau système. Sans ce plan, les travailleurs pourraient rester pris dans le même cycle d’erreurs.
Certains employés fédéraux ont déposé des griefs ou des réclamations légales liées aux erreurs de paie de Phénix. Ces cas ajoutent une autre couche de complexité. Résoudre les différends tout en construisant simultanément un nouveau système met une pression supplémentaire sur les ressources.
Le coût financier de Phénix a aussi été phénoménal. Les estimations suggèrent que le gouvernement a dépensé plus de deux milliards de dollars pour essayer de régler les problèmes et indemniser les travailleurs. Ce chiffre ne tient pas compte de la productivité perdue ou du stress que les employés ont enduré.
Des travailleurs qui ont parlé aux médias au fil des ans ont décrit de l’anxiété, des dettes et de la frustration. Certains ont contracté des prêts pour payer leurs factures quand leurs chèques de paie étaient retardés. D’autres ont eu des complications fiscales parce que leur revenu déclaré ne correspondait pas à ce qu’ils avaient réellement reçu.
Les conclusions de la vérificatrice générale arrivent à un moment où la confiance du public envers les services gouvernementaux est sous examen. Les Canadiens s’attendent à ce que leurs impôts soutiennent des systèmes qui fonctionnent. Phénix est devenu un symbole d’échec bureaucratique.
Les partis d’opposition se sont emparés de la question à répétition pendant la période des questions. Des critiques conservateurs et néo-démocrates ont exigé de l’imputabilité et des échéanciers. Le gouvernement a promis d’agir mais a eu du mal à démontrer des progrès mesurables.
Le défi maintenant est d’équilibrer l’urgence avec la prudence. Aller trop lentement prolonge la souffrance des travailleurs. Aller trop vite sans régler l’arriéré pourrait empirer les choses.
Le rapport de la vérificatrice générale ne demande pas d’abandonner le projet de remplacement. Au lieu de ça, il presse le gouvernement d’adopter une approche plus mesurée. Une communication claire, des tests adéquats et la résolution complète des problèmes existants devraient venir avant la mise en service d’un nouveau système.
Pour les milliers de fonctionnaires qui attendent encore que leur paie soit corrigée, le message est décourageant. Le soulagement pourrait ne pas venir aussi rapidement que promis. La voie à suivre nécessite plus que juste une nouvelle technologie. Ça exige de l’engagement, des ressources et de l’imputabilité de la part de ceux qui sont responsables.