Le grondement à l’intérieur du Centre d’événements WinSport de Calgary en disait long sur l’importance de ce moment. Kerri Einarson et son équipe venaient de décrocher leur billet pour les demi-finales du championnat mondial de curling avec une victoire serrée de 6-5 contre le Japon, et la foule ne se retenait pas.
Pour Einarson, ce bruit était un cadeau. Son dernier championnat mondial dans cet édifice en 2021 s’était déroulé dans le silence en raison des restrictions sanitaires. Maintenant, avec les estrades pleines à craquer et chaque décision stratégique résonnant jusqu’aux poutres, elle pouvait enfin sentir ce que représenter le Canada à domicile devrait être. « C’est tellement bruyant, a-t-elle dit après le match. J’adore ça. »
Le Canada a terminé le tournoi à la ronde vendredi avec une fiche de 10-2, derrière seulement la Suisse et son dossier parfait de 11-1. Les deux équipes se sont qualifiées directement pour les demi-finales de samedi soir. Les Suisses affronteront la Suède ou la Corée du Sud, tandis que le Canada attend le vainqueur de l’affrontement entre le Japon et la Turquie. Les matchs pour les médailles sont prévus dimanche.
L’équipe d’Einarson du Club de curling de Gimli au Manitoba a démontré une précision digne des séries contre une adversaire redoutable. Satsuki Fujisawa du Japon a décroché l’argent olympique en 2022 et a apporté tout ce bagage à l’affrontement de vendredi. Les Canadiennes savaient qu’elles devaient hausser leur jeu.
La troisième Val Sweeting a mené la charge avec une précision de tir époustouflante de 99 pour cent, son sommet du tournoi à cette position. La deuxième Shannon Birchard a atteint 93 pour cent, et la première Karlee Burgess a affiché 97 pour cent. Ces chiffres reflétaient plus que du simple talent. Ils montraient une équipe qui tournait à plein régime au bon moment.
« On a certainement monté d’un cran dans cette partie, a dit Einarson. On savait qu’on devait le faire. Le Japon, c’est une équipe formidable. »
La capitaine a livré la marchandise quand ça comptait le plus. Son dernier lancer au huitième bout a traversé un passage étroit pour un double retrait qui a marqué deux points et porté l’avance du Canada à 6-3. Au sixième bout, son triple retrait a ajouté deux autres points. Même son jeu défensif au troisième bout, un double coup large, a limité le Japon à un seul point.
Les appels de ligne de Sweeting et le balayage précis de l’avant ont amplifié chaque lancer. Le placement des pierres de l’équipe mettait constamment de la pression sur leurs adversaires. Quelques pierres ont glissé plus loin que prévu, mais le Canada a évité les ratés complets. Chaque lancer a donné quelque chose d’utile.
« De la première à la capitaine, on a vraiment bien joué et on leur a mis beaucoup de pression, a dit Einarson. Très bon placement des pierres. On a retiré quelque chose de chaque lancer et je pense que c’est la clé. »
La performance marquait un solide retour après la défaite en bout supplémentaire contre la Norvège jeudi soir. Avant d’affronter le Japon, le Canada avait démoli l’Australie 11-2 lors de la partie en après-midi. Cette séquence de deux matchs a montré la capacité de l’équipe à se ressaisir rapidement après une déception.
Sweeting a reconnu son propre parcours dans le tournoi. Son pourcentage de précision était tombé sous les 80 pour cent lors de trois parties au milieu du tournoi. Elle a continué de trimer dur à travers ces difficultés, faisant confiance à ses coéquipières pour gérer la glace et garder les lancers précis.
« Je me sentais pas mal proche toute la semaine, mais ça rentrait pas toujours, a dit Sweeting. Mais je pense qu’on a fait une bonne job de les comprendre et de bien les gérer. »
Quand le match éliminatoire de vendredi a exigé son meilleur, elle a livré. Son homologue japonaise Tori Koana a lancé à 75 pour cent à la même position. Cet écart de 24 points en précision a fait la différence dans un match à un point.
« C’était l’fun d’obtenir ces résultats et de faire ces lancers quand l’équipe en avait besoin », a ajouté Sweeting.
La deuxième place du Canada au tournoi à la ronde apporte des avantages pratiques au-delà du prestige. Après avoir joué huit parties en quatre jours, incluant trois journées consécutives de parties matin et soir, l’équipe d’Einarson a mérité un répit. Elles ont congé samedi matin pendant que le Japon, la Turquie, la Suède et la Corée du Sud se battent pour les deux dernières places en demi-finale.
« C’est un soulagement. Ça fait vraiment du bien en fait, a dit Einarson. C’est quand même une élimination directe et on a encore une job à faire. On est définitivement excitées et prêtes pour ça. »
Le chemin plus court vers les demi-finales représente un changement par rapport aux dernières années. En 2022 et 2023, Einarson, Sweeting et Birchard (jouant alors avec la première Briane Harris) avaient terminé troisièmes au tournoi à la ronde et avaient pris le chemin le plus long vers les médailles de bronze. L’entrée directe de cette année leur donne un avantage stratégique et du repos supplémentaire.
La quête du Canada pour un championnat mondial comporte à la fois promesse et pression. Rachel Homan a remporté des titres consécutifs pour le Canada en 2024 et 2025, plaçant la barre haute. L’équipe d’Einarson a remporté son premier championnat canadien en 2020, mais la pandémie a annulé les mondiaux de cette année avant qu’elles puissent compétitionner.
Depuis, elles ont récolté des médailles de bronze mais pas d’or. Ce tournoi offre une autre chance de percer.
La présence de la Turquie dans les séries ajoute une histoire intrigante. Dilşat Yıldız a mené son équipe à une fiche de 7-5 lors de sa cinquième participation aux mondiaux féminins, marquant la première fois que la Turquie se rend aux matchs éliminatoires à ce championnat. Leur affrontement avec le Japon promet du curling compétitif.
La Suède et la Corée du Sud ont toutes deux terminé le tournoi à la ronde à 8-4, préparant une autre bataille serrée en série. Les gagnantes de ces parties de samedi après-midi affronteront des adversaires reposées en le Canada et la Suisse, qui auront observé et préparé.
Le Japon visera probablement une revanche contre le Canada. L’équipe de Fujisawa a montré assez de talent et de sang-froid vendredi pour croire qu’elle peut renverser le résultat avec une autre chance. La mince marge de victoire du Canada suggère que rien n’est garanti.
Pour Einarson et ses coéquipières, le bruit à Calgary représente plus qu’un simple appui de la foule. C’est la validation de leur parcours et la reconnaissance de ce qui est en jeu. Après des années de quasi-victoires et de médailles de bronze, elles sont à un pas du championnat qu’elles poursuivent.
Les matchs pour les médailles de dimanche détermineront si ce pas devient un bond. Mais pour l’instant, le Canada peut savourer ce que vendredi a apporté : une victoire durement gagnée, un chemin direct vers les demi-finales, et le son des partisans du pays d’accueil qui croient en ce qui s’en vient.